Présentations des plantes des réunions

 

 

Diane ADRIAENSSEN, Le latin de mon jardin, Larousse, 2003 ; 240 pp. 

ISBN  2-03-560304-8

 

 

 

 

Ou « tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les noms des plantes sans jamais oser le demander ».

Ce petit guide se propose de « donner aux amoureux des plantes toutes les clés pour décrypter les précieuses informations que recèlent les noms latins ». L’auteur, férue de jardinage, révèle à l’amateur effarouché par les noms scientifiques la signification de ces noms, autant que leur poésie.  

 

L’essentiel de l’ouvrage propose l’étymologie de 1 500 noms d’espèces ou de genres, illustrés par des exemples et classés par catégories : les adjectifs décrivant les formes et les feuilles de la plante ; ses fleurs, fruits et racines ; ses couleurs et nuances ; la saison de sa floraison, son biotope, son pays d’origine ; ses qualités, défauts et ressemblances ; les dieux, déesses ou botanistes qui lui ont donné leur nom. Vaste répertoire soigneusement construit, où l’on constate que les botanistes ont exploité toutes les ressources du latin et du grec pour exprimer, par exemple, plus de cinquante nuances de rouge ou de textures de feuilles !

Quant au premier chapitre, qui initie le débutant aux mystères du latin botanique, il propose des synthèses remarquablement claires sur le long et difficile chemin de la classification et de la dénomination botaniques, sur les principes et conventions grammaticales et orthographiques de la nomenclature, sur les sources d’inspiration des botanistes, sur les racines latines et grecques fondamentales, etc. L’ouvrage est en outre émaillé de nombreux gros plans sur des pratiques ou anecdotes horticoles, qui relancent l’intérêt et agrémentent la lecture.

« Quand les noms prennent un sens, c’est tout le jardin qui prend vie », conclut l’auteur à raison.

 

Et même si les orchidées ne sont pas le fil rouge du guide, nous ne pouvons que tirer grand profit de cette lecture, puisque bon nombre de nos plantes favorites sont spécifiées par les mêmes adjectifs que les fleurs de nos jardins. 

 

Ainsi, à côté des « grandiflora », « multiflora », et autres « odorata » qui ne réclament pas de longues années d’études pour laisser deviner leur sens, sans doute serez-vous heureux de percer le mystère de noms aussi familiers qu’impénétrables. Quelques exemples parmi tant d’autres …

 

L’adjectif falcata / falcatum, qui qualifie des genres aussi divers qu’Angraecum, Bulbophyllum, Comparettia, Epidendrum, Neofinetia ou Sarcochilus, signale qu’une partie de ces plantes –généralement la fleur- présente une ressemblance avec une faux, de « falx, falcis, la faux ». 

Cucullata / cucullatum décrit la pièce florale « encapuchonnée » d’une Brassavola, Cephalanthera, Maxillaria, Oncidium, Pterostylis, à partir du nom « cucullus : le capuchon ».

Pour leur part, tous les « luteo- » partagent la même couleur jaune, qu’il s’agisse de l’Aerangis ou de la Maxillaria luteo-alba (jaune et blanc), du Catteya  luteola (teinté de jaune), de l’Odontoglossum luteo-purpureum (jaune et pourpre).

Et si vous avez déjà vu la floraison des Coelogyne, Corybas, Dendrobium, Galeottia, Genoplesium, Oncidium et Stenoglottis fimbriata / fimbriatum, vous retiendrez facilement que « fimbriatus » signifie « frangé, dentelé » (de « fimbria, la frange »).

Par contre, vous devrez approfondir l’examen de vos Angraecum infundibulare et Dendrobium infundibulum  pour y retrouver la forme d’entonnoir qu’y ont reconnue leurs pères scientifiques ! (infundibulum, l’entonnoir).

Moins évident en tout cas que la disposition en écailles superposées des bractées d’un Bulbophyllum et d’une Pholidota, qui a poussé les botanistes à les qualifier de « imbricata / imbricatum » , de « imbrex, la tuile ».

 

De même, autre avantage précieux, une étiquette aussi sibylline que « Dressleria eburnea » vous avertira désormais que cette plante promet des fleurs de la même couleur ivoire que les Angraecum et Cymbidium pareillement qualifiés (« eburneus : en ivoire »). 

Ou que la fleur d’une Stanhopea graveolens développe une odeur aussi lourde que le redoutable Bulbophyllum du même nom (« grave – olens : qui a une odeur lourde –ou pénible »). Tandis qu’un Dendrobium anosmum ne vous gratifiera d’aucune effluve parfumée, puisque le grec « an-osmè » signifie « sans odeur ». 

Vous ferez un choix plus judicieux entre les Vanda caerulea (« bleu de mer ») et caerulescens (« tirant sur le bleu »). 

Enfin, les adjectifs « pulchra / pulchrum », « speciosa / speciosum », « spectabilis / spectabile »,  « formosa / formosum », qui qualifient une multitude de plantes, vous promettent une floraison séduisante (« pulcher : beau », « speciosus, formosus : qui a belle apparence », « spectabilis : agréable à regarder, admirable » ).

 

Enfin, vous honorerez la mémoire des pionniers de la botanique dont nous évoquons souvent les noms sans les connaître : les Banks (Banksia), Hooker (Cymbidium hookerianum), Lobb (Bulbophyllum, Phalaenopsis lobbii), et autres Veitch (Masdevallia veitchiana), qui font l’objet de notices biographiques à la fin de l’ouvrage.

 

Quant aux nombreux noms d’orchidées que ce guide n’élucide pas, il faudra attendre qu’un passionné y consacre une recherche spécifique. 

Pour vous faire patienter, voici déjà une petite annexe à ce « Latin de mon jardin ». De simples dictionnaires latin et grec y suffisent  ; mais reconnaître la motivation des scientifiques dans leurs choix de noms réclamerait des recherches botaniques impressionnantes ! Pour preuve, l’adjectif anceps qui inaugure cette petite liste.

 

Anceps (Dendrobium, Epidendrum, Laelia) : à deux têtes, à double face ; incertain, douteux ; dangereux … et autres sens dérivés.

Aphyllum (Dendrobium) : dépourvu de feuilles. 

Bellatulum ( Dendrobium, Paphiopedilum) : joli, mignon.

Canaliculatum (Cymbidium, Dendrobium, Tetramicra) : cannelé, doté de cannelures.

Cristata (Coelogyne, Vanda) : munie d’une crête.

Flaccida (Coelogyne) : flasque, molle, pendante.

Irrorata (Neomoorea) : couverte de rosée

Maxillare (Zygopetalum ), Maxillaria : en forme de mâchoire

Sphacelatum (Oncidium) : atteint de la gangrène ; carié, desséché.

 

 

 

F. Lejeune