Présentations des plantes des réunions

 

 

 

 

 

 

 

Ma culture des Disa.

 

 

Les Disa traînent une réputation de plantes incultivables, sauf pour des professionnels suréquipés ou quelques Martiens bénis des dieux. N’étant ni l’un ni l’autre, je vais vous décrire la très simple culture que je pratique, et qui me permet depuis cinq ans de voir fleurir et se multiplier les quelques pieds que j’ai fini par acquérir après des années d’hésitation. 

Si l’on en croit la littérature traditionnelle, tout s’annonce difficile avec les Disa : des orchidées terrestres (toujours délicates), originaires d’Afrique du Sud pour la plupart, et dont seules cinq ou six espèces, sur la petite centaine que compte le genre, ont pu être acclimatées en culture ; parmi celles-ci, la Disa uniflora (surtout ses hybrides) est la seule que l’on puisse couramment se procurer et entretenir avec quelque chance de succès. 

Mais ses exigences sont déjà impressionnantes : un éclairement très vif, mais une température modérée, voire froide (la plante pousse vers 1 200 mètres en altitude) ; une ventilation constante associée à une bonne hygrométrie ; une eau abondante toute l’année, pure de tous sels minéraux, légèrement acide, et de préférence courante et glacée (la plante pousse le long des ruisseaux qui recueillent la fonte des neiges) ; enfin, un substrat « inerte », exempt de toute matière organique en décomposition … et le sourire de la crémière.

Pourtant, satisfaire ces exigences n’est pas si difficile. 

Il paraît d’ailleurs que les Anglais du XIXème siècle cultivaient les Disa avec tant de facilité qu’ils se les échangeaient aussi couramment que nos actuels Dendrobium kingianun ou Cymbidium hybrides, dont nous ne savons parfois que faire après division ; ils les cultivaient « comme des Géranium », ai-je pu lire (Mais comment s’y prenait-on avec les Géranium, à l’époque ?). D’autre part, la création d’hybrides est en légère augmentation, ce qui atteste que l’entretien et la reproduction progressent chez les professionnels. Enfin, vous aurez peut-être remarqué que les articles consacrés aux Disa se sont multipliés ces dernières années, signe d’une réhabilitation auprès des amateurs.

Voici donc les observations, essais et réussites d’un de ces très modestes amateurs.

Mes Disa passent toute l’année dans la véranda. Exposées ainsi au nord-est, elles reçoivent, en été, un fort ensoleillement jusqu’en début d’après-midi ; en seconde partie de journée, la lumière est beaucoup plus modérée, peut-être même trop. Et l’hiver, elles ne voient pratiquement jamais le soleil. Ces conditions d’éclairage ne sont donc pas idéales, mais les plantes ne s’en portent pas trop mal. (Elles peuvent aussi passer la belle saison à l’extérieur, à exposition ensoleillée. J’ai tenté l’essai, qui est plutôt positif.)

Cette véranda étant très peu chauffée, les nuits d’hiver sont froides (8 à 10° C. en général ; minimum enregistré : 4° ), et les journées se stabilisent entre 10 et 14°. Les matinées d’été peuvent être torrides (45° si les portes et fenêtres restent fermées  - à éviter absolument !  Moyenne de 20 à 25°). Cette fourchette de température convient sans problème.

Un petit ventilateur d’ordinateur, fixé juste à côté des plantes, tourne 20 heures sur 24 à la mauvaise saison. En été, l’aération perpétuelle de la véranda rend ce brassage d’air superflu, mais ce petit souffle serait quand même un « plus » intéressant. (J’y renonce surtout pour des raisons familiales : le léger bourdonnement des ventilateurs en agace plus d’un, à la longue !).

Mes pots sont rassemblés dans des bacs où je maintiens 3 à 4 centimètres d’eau en été, 1 cm en hiver. Comme pour les plantes carnivores (culture quasiment identique, en fin de compte), j’attends que le niveau d’eau ait considérablement baissé avant de réapprovisionner, mais jamais mes Disa ne sont à pied sec ; ce régime aquatique leur convient parfaitement. Leur énorme consommation d’eau en été est étonnante : attention aux absences, même de moyenne durée !

J’utilise exclusivement de l’eau de pluie, qui semble avoir la légère acidité adéquate (merci à la pollution des grandes villes !). J’ai quelquefois accentué cette acidité en ajoutant quelques gouttes de jus de citron (un truc pour rectifier l’eau de distribution, si besoin), mais sans impact particulier. Quant aux autres caractéristiques de mon eau (sa conductivité, etc.),  je ne les ai pas encore mesurées. 

La première année, j’ai consciencieusement renouvelé cette eau dans mes bacs le plus souvent possible, pour lutter contre les effets de la stagnation et de la mise à température ambiante (cf. les exigences signalées ci-dessus : eau « courante et glacée de préférence ») ; j’ai même assuré un approvisionnement quotidien de glaçons (d’eau de pluie) pendant les chaleurs de l’été. 

Mais j’ai peu à peu renoncé à ces précautions extrêmes ; mes plantes se contentent parfaitement de tremper dans une eau qui n’est rafraîchie que tous les deux ou trois jours par les nouveaux apports. En été, les algues vertes prolifèrent à la surface de l’eau et sur les parois des bacs et des pots : un récurage mensuel à l’éponge, sous le filet du robinet, suffit à maintenir une hygiène minimale. Quant à la légère odeur de « marée stagnante » qui se dégage du compost de sphaigne colonisée par les algues, elle n’incommode que celui qui met le nez dessus. Les plantes ne disent mot …

Concernant les engrais, la formule est simple : rien, jamais. La seule Disa presque adulte que j’aie perdue était celle qui recevait accidentellement le trop plein d’arrosage et de fertilisation de la potée située sur le plateau supérieur de l’étagère. Donc chez moi, « pas d’engrais, jamais ».

Le rempotage et le substrat sont un chapitre à détailler.

Rappelons d’abord que les Disa sont des plantes annuelles : la plante que vous allez acheter mourra, quoi qu’il arrive, à très brève échéance. Mais si tout va bien, elle aura produit autour de son pied de nombreux rejets ; ce sont ces plantules qui assureront la pérennité et l’extension de votre collection. Par exemple, les trois premiers pieds que j’ai acquis ont donné naissance en cinq ans à une cinquantaine de pots individuels ou collectifs. C’est dire si ces pousses se pressent autour du pied mère. Certains ressortaient parfois, totalement immergés et écrasés, par les trous de drainage au fond du pot : qui a dit que les Disa sont des plantes délicates ? Ce sont donc ces rejets qu’il vous faudra rempoter.

Les livres nous recommandent de rempoter « au printemps, après la floraison », ce qui vaut sans doute pour l’hémisphère sud. Mais mes Disa fanent plutôt en fin d’été, et le temps nécessaire à la maturation des graines peut reporter le rempotage à l’automne. 

Pour ma part, j’ai rempoté avec succès au début du printemps (de début février à mi-avril) ; dans ce cas, les stolons ont eu le temps de se développer, mais ont un peu « filé » et sont restés immatures par manque de lumière hivernale. J’ai rempoté également en fin d’été (fin août) : les stolons sont à ce moment de maturité très inégale, mais leur développement est optimal pour la floraison du printemps suivant. Ce rempotage de fin d’été semble être la meilleure formule.

A noter que les pousses trop petites ou trop grêles, une fois rempotées, ne se développent plus ; elles renvoient plutôt leur énergie dans la formation d’une nouvelle pousse adjacente beaucoup plus vigoureuse ; c’est elle qui fleurira, mais plus tard.

Précision utile : les tubercules qui se forment sur les racines des pousses déjà mûres semblent nécessaires à une bonne reprise ; il faut veiller à les préserver, sans quoi la pousse connaîtra le sort des plants rempotés trop jeunes ou trop grêles.

Avant de procéder au dépotage, un avertissement : les racines des Disa sont très fragiles et exigent qu’on les dégage avec lenteur et précaution. Ce sont surtout la séparation des nombreux rejets et leur rempotage dans un nouveau substrat qui demandent de la délicatesse.

J’ai testé avec succès quelques substrats recommandés, purs ou en mélange. Les racines qui en ressortent sont étonnamment plus saines et vigoureuses que celles de nos habituelles épiphytes au moment du rempotage. Petite liste provisoire :

Tourbe (fibreuse plutôt que pulvérulente, mais difficile à trouver) : OK. 

Sphagnum du Chili (desséché, mais très hydratable) : parfait. 

Mousse des pelouses (désinfectée au four micro-ondes, 5 minutes à pleine puissance) : OK.

Sable pur : + OK (je n’ai pas trouvé le sable de rivière à gros grain, l’idéal paraît-il). Les plantes, rempotées en fin d’hiver, sont d’un vert très pâle tendant sur le jaune ; les fleurs, très petites, s’ouvrent prématurément. Problème de substrat ou de période de rempotage ? A contrôler.

Séramis © de calibre moyen : OK. (Je viens de tenter l’expérience, en grand pot collectif de plastique transparent : vous avez pu apprécier le résultat aux dernières réunions).

Laine de roche : à essayer ; préjugé très favorable. (C’est un des substrats utilisés par Jacky Orchiflora, dont la réputation de cultivateur de Disa dépasse les frontières européennes).

 

Encore trois NB :

 

La tourbe très imbibée d’eau et le Séramis © permettent un empotage facile, qui englobe les racines sans effort ni dommage ; tandis que le tassement indispensable de la mousse et du sphagnum demande beaucoup de soin, pour éviter d’endommager ces racines si fragiles.

 

L’été dernier, une plantule mal rempotée est restée en suspension au dessus du compost, instable, les racines partiellement à l’air, comme une arbre de mangrove ; soutenue par un tuteur, c’est elle qui a battu les records de longévité de la floraison : plus de quatre mois !

 

La Sphaigne vivante, recommandée en surface des pots, semble bénéfique mais pas indispensable. De toute façon, cette mousse est menacée et protégée par la Loi, donc évitez les prélèvements sauvages en forêt. Faites comme moi : j’ai laborieusement entretenu et multiplié celle qui recouvrait le premier pot que j’ai acheté. Et pour rappel, le Sphagnum vivant ne tolère aucun engrais chimique.

 

Ennemis à signaler : aucune maladie particulière.

Par contre, les limaces, escargots et chenilles transforment volontiers les feuilles (tendres)en dentelles de Bruges ; une simple surveillance (un coup d’œil le soir) avec interventions ciblées suffit à préserver les plantes de leurs attaques. 

Plus gênant : les cochenilles se plaisent à la base des feuilles engainantes ; je recours alors au procédé du coton-tige imbibé d’alcool à brûler, avec l’appui d’un cure-dent pour les replis peu accessibles.

Je n’ai pas encore risqué de traiter les Disa aux insecticides.La récompense de si peu d’efforts : dans ces conditions,mes Disa se portent bien, et fleurissent généreusement.

Les fleurs subsistent souvent plus de trois mois : la fourchette va de fin mai à mi septembre, avec décoloration progressive vers les tons pastels. 

Les Disa multiflores, comme beaucoup d’épiphytes,s’épanouissent progressivement à partir du bas de la hampe,et les dernières floraisons coïncident avec la maturité des premières gousses de graines.

Les « uniflores » s’épanouissent simultanément, mais durent plus longtemps.La maturation des graines, après fanaison, demande environ six à huit semaines.

Au total, hormis le rempotage, les Disa sont les plantes les plus faciles de ma petite collection : je les accueille « froidement », je les trempe dans l’eau de pluie comme mes plantes carnivores, et c’est tout.

Un dernier mot, après ces considération très techniques : comme tout le monde, j’aime jeter et rejeter un coup d’œil sur mes plantes fleuries, en passant. Mais les Disa sont parmi les rares devant lesquelles je m’arrête parfois longtemps, fasciné, admiratif devant une beauté si singulière. Une espèce d’absolu.

Tout ça pour ça ?  Disons plutôt : si peu pour tant !Cette faculté de reconnaître la Beauté est une des plus belles vertus que nous cultivons, nous autres, orchidophiles.

Souvenons-nous-en.

 

F. Lejeune