Présentations des plantes des réunions

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les Laelia mexicaines

 

 

Le genre Laelia est présent dans la plupart des collections d’amateurs : les espèces sont très attrayantes, et leur parenté avec les Cattleya a permis la création d’une multitude d’hybrides intergénériques, les célèbres Laeliocattleya, eux-mêmes à l’origine de nouveaux croisements toujours plus complexes.

 

Dans la famille des Orchidacées, les Laelia appartiennent à la sous-famille des Epidendroideae, à la tribu des Epidendreae, à la sous-tribu des Laeliinae, et à l’alliance des Cattleyae. Ce dernier groupe rassemble une quarantaine de genres assez proches pour permettre des hybridations naturelles ; on y trouve notamment les Cattleya, Laelia, Brassavola, Schomburgkia, Rhyncholaelia, Encyclia, Sophronitis … pour ne citer que les plus fréquents dans les collections.

Le genre Laelia * a été créé par Lindley dès 1831, époque où la taxonomie, en plein essor, restait exposée à de nombreuses approximations et erreurs. Au terme de nombreux remaniements, le genre s’est stabilisé autour d’une soixantaine d’espèces, mais il reste disparate. En particulier, l’aire de distribution des espèces frappe par son incohérence : dix espèces assez homogènes sont concentrées au Mexique avec quelques extensions en Amérique centrale ; toutes les autres se rencontrent à des milliers de kilomètres de là, dans le sud-est du Brésil.

De nouveaux reclassements très récents et encore discutés proposent donc de séparer certains sous-genres ou sections, comme par exemple les Laelia dites « rupicoles », c’est-à-dire des espèces qui poussent sur des rochers et escarpements souvent secs, au Brésil. Au total, les reclassements récents de l’alliance des Cattleyae ont donné naissance aux genres suivants : Chironiella (en 2006), Dungsia (2002), Guarianthe (2003), Hadrolaelia (2002), Hoffmannseggella (2002), Microlaelia (2002), et ont modifié les Sophronitis (2000), pour ne citer que quelques remaniements.

Pour rester sommaire, retenons ici la proposition de distinguer les Laelia d’origine brésilienne (rebaptisées), et celles qui poussent au Mexique, ces dernières gardant seules le nom de Laelia.

 

Ces Laelia mexicaines sont toujours des plantes sympodiales épiphytes, parfois lithophytes ; elles sont dotées de pseudobulbes épais qui ne portent qu’une (parfois deux et rarement trois) feuilles coriaces à l’apex. L’inflorescence se développe sur l’apex, et compte, selon les espèces, de 3 à 10 fleurs disposées en grappe allongée.

Les fleurs sont de taille moyenne à grande, généralement dans les teintes rosées ou pourpres, mais plusieurs espèces présentent diverses variétés de coloris. Certaines espèces assez semblables, comme L. gouldiana et L. autumnalis, sont difficiles à distinguer au premier coup d’œil. La texture des fleurs est relativement ferme, et la tige qui les porte est longue et solide ; enfin, les floraisons (souvent hivernales sous nos climats) durent de 4 à 5 semaines.

 

La plupart des espèces se concentrent dans les sierras occidentales, le long de la côte pacifique, entre 1 500 et 3 000 mètres d’altitude. Cet habitat tropical mais montagnard entraîne des conditions climatiques particulières.

Le début du printemps est lumineux, sec et chaud : pluies faibles, peu de brouillard ; températures oscillant entre 5 °C la nuit et 25 ou plus le jour. 

De la fin du printemps jusqu’en automne (fin mai – octobre), pluies et brouillards sont forts et quotidiens ; les écarts de températures se resserrent entre une dizaine de degrés la nuit et une vingtaine le jour, et la couverture nuageuse limite également l’ensoleillement. 

Les journées d’automne redeviennent sèches et ensoleillées, alternant fraîcheur et chaleur, avec une forte hygrométrie atmosphérique ; les nuits sont fraîches, approchant parfois 0 °C. 

L’hiver est sec, très ensoleillé et frais (entre 0 et 18°C, pour la nuit et le jour).

 

A plus basse altitude (entre 1 000 et 1 500 mètres), le climat est légèrement plus humide en hiver et au printemps, et les températures un peu plus douces.

Les Laelia se rencontrent le plus couramment dans les forêts de chênes et de pins, ouvertes ou denses, exposées à une assez forte luminosité. Dans les zones les plus humides, on peut aussi les trouver sur des rochers.

 

La plus connue des dix espèces répertoriées est évidemment la Laelia anceps, qui déborde du Mexique sur le Honduras et le Guatemala. Ses pseudobulbes d’une dizaine de centimètres sont légèrement espacés sur le rhizome ; ils présentent une teinte rougeâtre chez les plantes qui poussent en plein soleil, et tendent au verdâtre et sont plus longs si la plante se développe à l’ombre. Ils portent une, parfois deux feuilles, d’une quinzaine de cm. L’inflorescence mesure de 40 à 80 cm et porte de 2 à 5 fleurs d’une dizaine de cm. La fleur est généralement rose plus ou moins soutenu, avec un labelle pourpre marqué de jaune ou de blanc, mais l’espèce présente diverses variétés de coloris, tendant notamment vers un blanc plus ou moins pur. Epiphyte ou lithophyte, l’espèce pousse surtout dans des forêts de pins ou de chênes à feuillage caduc, tempérées, entre 900 et 1 500 mètres. Cette espèce, de culture facile en serre tempérée - fraîche, supporte également quelques périodes de froid (jusqu’à 5 °C, au sec).

 

Laelia gouldiana, également fréquente dans les collections, est inconnue dans la nature ; elle serait peut-être un hybride stérile de deux espèces, mais lesquelles ? (relire le bulletin n° 70 de décembre 2003, ou le n°31 de « Orchidées, Culture et Protection »). L’inflorescence, longue de 40 à 60 cm et moins rigide que la précédente, porte de 3 à 5 fleurs d’un rose plus uni. Elle se cultive dans les mêmes conditions que la précédente.

 

Les quatre espèces suivantes, généralement moins connues, sont assez ressemblantes, et s’adaptent en gros aux mêmes conditions de vie que les précédentes. Citons donc, de la plus tempérée à la plus froide : 

Laelia crawshayana se rencontre dans les forêts humides des moyennes montagnes, entre 1 100 et 1 500 m.

Laelia eyermaniana croît dans les forêts ouvertes, très sèches, entre 1 200 et 2 200 m.

Laelia autumnalis, parfois lithophyte, pousse également en altitude, entre 1 400 et 2 700 m.

Laelia furfuracea, qui préfère des forêts mixtes humides, pousse encore plus en altitude, de 2 000 à 3 000 m. La plante est petite (pseudobulbes de 3 à 5 cm, feuilles de 5 à 10 cm), et l’inflorescence porte de 2 à 4 fleurs rose – pourpre.

 

Laelia speciosa, réputée pour sa grande beauté, pousse dans des forêts ouvertes, au feuillage caduc, entre 1 900 et 2 500 m. La plante supporte de grands froids, presque le gel. A la bonne saison, elle réclame des arrosages réguliers mais réduits, et tolère une humidité faible. Elle apprécie un repos hivernal au frais, au sec, avec une lumière vive. Sa floraison, difficile à obtenir, survient en  mai-juin en Europe : l’inflorescence, d’une vingtaine de cm, porte d’une à trois fleurs d’une quinzaine de cm, également rose-pourpre, légèrement parfumées.

 

Laelia albida peut atteindre 60 cm de haut ; ses pseudobulbes ovoïdes et serrés portent deux feuilles. L’inflorescence longue de 40 cm porte de 6 à 10 fleurs parfumées d’environ 5 cm. Son coloris est l’exception dans le groupe des Laelia montagnardes, aux dominantes roses : sa fleur est généralement blanche, avec des crêtes jaunes très visibles sur le labelle. Quelques variétés tendent vers le rose, le pourpre ou le jaune. L’espèce,  épiphyte et parfois lithophyte,  se rencontre surtout dans des forêts ouvertes et sèches, entre 1 400 et 2 500 mètres d’altitude, où elle connaît d’importants écarts de température. 

 

Les soins à apporter à ces plantes d’altitude sont assez simples : il faut d’abord leur assurer d’importants écarts de température entre le jour et la nuit, et entre les saisons ; une serre fraîche (voire froide l’hiver), et un séjour à l’extérieur en été conviennent fort bien(à noter : les limaces respectent les tiges à fleurs de L. anceps, mais se déchaînent volontiers sur celles de L. gouldiana, notamment); une luminosité forte, surtout l’hiver, mais à l’abri du plein soleil en début de printemps et au cœur de l’été ; des arrosages et des fertilisations réguliers mais modérés à la bonne saison, et un repos marqué en hiver, surtout juste après la floraison ; une bonne ventilation toute l’année. Un empotage dans un compost traditionnel, bien drainé, à base d’écorces de pin convient parfaitement, mais la culture en caissette ou sur plaques se recommande également.

Enfin, présentons deux espèces des plaines basses, à cultiver plus au sec, en serre tempérée à chaude : 

Laelia aurea, en provenance des forêts tropicales sèches dans la plaine côtière du Pacifique (entre 100 et 300 mètres) développe des fleurs jaunes.

Laelia rubescens est présente du Mexique au Panama dans les forêts tropicales sèches et à feuillage caduc, et dans les savanes chaudes, entre 100 et 1 800 m. La plante supporte mal des composts détrempés et une forte humidité atmosphérique. Sa floraison survient en hiver, en Europe.

Ces deux dernières espèces présentent des caractéristiques assez singulières pour que des botanistes songent à les retirer du genre. Affaire à suivre…

 

Nous le disions en introduction : les Laelia (au sens large du terme, incluant donc les espèces brésiliennes), en tant que plantes attrayantes, de culture aisée, et apparentées à d’autres espèces très populaires, ont été intensivement utilisées dans l’hybridation. Elles apportent aux fleurs une texture plus ferme que chez les Cattleya, et des coloris vifs et translucides, particulièrement esthétiques. Depuis le premier croisement entre Cattleya mossiae et Laelia purpurata, obtenu en Angleterre en 1843, ce sont maintenant plus de 20 000 hybrides qui ont été enregistrés. Certaines dénominations sont devenues très familières, d’autres restent à élucider pour bon nombre d’amateurs. En voici donc quelques-unes.

 

Laelia X Cattleya: Laeliocattleya (Lc.)

Laelia X Schomburgkia : Schombolaelia (Smbl.)

Brassavola X Cattleya X Laelia: Brassolaeliocattleya (Blc.)

Cattleya X Laelia X Sophronitis: Sophrolaeliocattleya (Slc.)

 

Pour les hybrides complexes rassemblant plus de trois genres, les producteurs choisissent librement un nom qui ne doit plus évoquer les ascendants. Cela donne par exemple : 

Cattleya X Brassavola X Laelia X Schomburgkia: Recchara (Recc.)

Cattleya X Brassavola X Laelia X Schomburgkia X Sophronitis: Fergusonara (Ferg.)

Cattleya X Brassavola X Laelia X Sophronitis: Potinara (Pot.)

 

Ces hybrides, déjà massivement présents chez les producteurs, se cultivent généralement en serre tempérée, sous une lumière assez intense, et connaissent un repos hivernal.

 

Terminons sur une note hélas dans l’air du temps : la survie de nombreuses espèces de Laelia est sérieusement menacée dans la nature. C’est au premier titre la déforestation galopante qui détruit les biotopes : la forêt tropicale est abattue ou brûlée pour l’exploitation du bois ou des minerais, ou pour la création – éphémère – de zones agricoles ou pastorales, etc. Les plantes épiphytes voient ainsi leur territoire fondre à grande vitesse. D’autre part, les Laelia sont assez populaires dans leurs pays d’origine : certaines espèces sont vendues en grand nombre sur les marchés à l’occasion de fêtes diverses, parfois sous forme de fleurs coupées, parfois sous forme de plantes fleuries … qui finissent souvent à la poubelle une fois fanées. Des milliers de Laelia speciosa disparaissent ainsi chaque année. Et jusqu’il y a peu, le marché des orchidophiles du monde entier – c’est-à-dire nous – était alimenté par des prélèvements dans la nature. Cette dernière pression s’atténue quelque peu depuis que les exportateurs reproduisent eux-mêmes leurs plantes, mais elle n’a pas disparu.

 

Accueillons donc ces plantes dans nos collections avec la joie, bien sûr, de profiter de leur beauté, mais aussi avec le souci de conserver les espèces, de les reproduire, et de les répandre dans un réseau de serres accueillantes.

 

 

 * L’origine du nom est légèrement floue : Laelius est le nom d’un aristocrate romain rendu célèbre par Cicéron, qui l’a mis en scène dans son traité sur l’amitié ; le nom évoque peut-être aussi une prêtresse de Vesta, petite fille de ce Laelius, et célèbre pour sa beauté. En tout état de cause, le nom fait référence à un patronyme latin.

 

 

Pour en savoir plus : 

-   G. CHIRON, C. ROGUENANT, Cattleya, Laelia et genres voisins, Belin, Tropicalia, 2002, 170 pp ;  ISBN 2-7011-3054-9

-R. BELLONE, Orchidées, Guide de l’amateur,

Belin, Coll. Tropicalia, 2004, 544 pp ;  ISBN  2-7011-3458-7

 

 

 

François