Présentations des plantes des réunions

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lemboglossum ou Rhynchostele, ce sera comme vous voudrez.

 

Les Lemboglossum constituent un petit genre d’une grosse douzaine d’espèces.

Autrefois intégrés par Reichenbach au genre Odontoglossum (section Rhynchostele),
dont ils sont fort proches, ils en ont été retirés en 1984 par Halbinger, créateur du genre Lemboglossum.
Et depuis 1993, en application des règles très contraignantes de la nomenclature botanique,
le genre a été rebaptisé Rhynchostele.

Selon les botanistes, il est classé dans la Sous-Famille des Epidendroideae,
la Tribu des Maxillareae (ou des Cymbidieae), et la Sous-Tribu des Oncidiinae.

Odontoglossum se compose des mots grecs (latinisés) odonto- , la dent, et glossa,
la langue (par allusion aux deux callosités se prolongeant comme de longues dents,
à la base du labelle de la première espèce décrite, l’Odontoglossum epidendroides.).

Lemboglossum rassemble les mots grecs lembo- , le petit bateau,
et le même glossa, la langue (par allusion à l’allure générale de la colonne).

Rhynchostele (prononcer idéalement « rinncostélé ») est composé des mots grecs
rhyncho- , le bec, et stele, le manche, la hampe, le tronc. (une autre analogie vague pour la colonne).
Rhynchostele étant un nom féminin, ses adeptes devraient accorder les adjectifs d’espèces
ci-dessous au féminin latin (bictoniensis, majalis, cordata, maculata, aptera, stellata … ) et
non plus au neutre (bictoniense, cordatum …). Ceci dit, personne n’ira vérifier vos étiquettes.

Le genre a les mêmes pseudobulbes ovoïdes, légèrement aplatis, que la plupart des Oncidiinae,
et les feuilles, de longueur variable selon les espèces, sont semi-rigides.
L’inflorescence prend naissance à la base des pseudobulbes.

Le genre est centre-américain, du Mexique au Costa Rica, avec une avancée jusqu'au
Nord Ouest du Venezuela  pour Lemboglossum cordatum.
Les plantes poussent en épiphytes (rarement lithophytes ou terrestres),
généralement dans les forêts nuageuses d'altitude (entre 1400 et 3000 mètres).
Ce biotope est soumis à des pluies régulières, en alternance avec une longue saison sèche
où les brouillards sont la seule source d’humidité que puissent capter les racines.

Il s’agit donc de plantes « froides » ou fraîches, qui demandent la même culture
que les Odontoglossum : elles profiteront d’un estivage au jardin à l’ombre légère,
et d’un hivernage en serre ou véranda peu chauffée.
A la bonne saison, l’arrosage sera fréquent et copieux, modérément additionné d’engrais ;
on veillera quand même à ne pas laisser les racines dans un substrat perpétuellement mouillé.
En hiver, les apports d’eau seront presque supprimés.
L’humidité sera importante durant les mois chauds.

Le rempotage, tous les deux ou trois ans, se fera au printemps, dans un pot plutôt petit,
rempli d’un compost de calibre moyen ; l’écorce de pin convient parfaitement.

Les Lemboglossum ont été croisés avec les Miltonia, Oncidium, Brassia …
Ces hybrides souvent chamarrés et tachetés sont assez courants dans nos grandes surfaces
et chez les producteurs spécialisés ; accommodants, vigoureux et florifères,
ils tolèrent une bonne gamme de climats, mais avec une préférence pour la fraîcheur.

            Passons en revue quelques espèces.

 

Lemboglossum bictoniense fut découvert en 1835 au Guatemala par George Ure Skinner,
et fleurit pour la première fois dans des serres établies à Bicton, d’où un nom de lieu inhabituel.
C’est l’espèce la plus courante et la plus connue, particulièrement facile à vivre, et florifère.
La plante est une des plus grandes et vigoureuses du genre,
avec des pseudobulbes de taille très variable, au sommet desquels poussent
deux à trois feuilles d’une petite trentaine de centimètres de long ;
une ou deux feuilles plus petites et éphémères engainent également le pseudobulbe.
Le nouveau pseudobulbe est encore en pleine formation, en été, quand l’inflorescence
commence à se développer (généralement, une seule par pseudobulbe),
pour s’épanouir dès l’automne.

L’inflorescence est longue, dépassant parfois le mètre, dressée,
assez rigide (une forte rafale de vent peut la casser à la base),  peu ou pas ramifiée,
et porte entre 10 et 20 fleurs de 5 cm, de très longue durée (de 3 à 4) mois.
Les fleurs sont jaune verdâtre ponctué de brun (comme souvent dans le genre),
et le labelle est d’un rose plus ou moins soutenu.

      

On connaît une forme ‘alba’ de cette espèce, ainsi qu’une variété
‘sulfureum’ (« qui contient du soufre, qui a la couleur du soufre »).
Saviez-vous que toutes les plantes de cette variété ‘sulfureum’ sont originaires de Vilvorde,
en périphérie de Bruxelles ? Même celles qui décorent maintenant les expositions à Tokyo
sont issues de plantes nées dans notre Brabant. Cocorico !
Je vous rapporte l’histoire telle que me l’a racontée récemment Théo Vreugde.

Théo est un collectionneur bien connu du nord du pays, et le président du nouveau club de Leuven.
C’est notamment avec Monsieur Charles De Clerck, directeur de l’Institut d’Horticulture
et d’Agronomie de Vilvorde, qu’il a « appris les orchidées », à ses débuts.
Ce Monsieur De Clerck cultivait des orchidées à l’époque où elles ne couraient pas
encore les grandes surfaces ; il pratiquait la reproduction des plantes,
et un beau jour, dans un semis de Lemboglossum bictoniense, il constate qu’un plant porte
des fleurs plus petites que le type normal, et surtout, d’une coloration très différente :
des pétales jaune-vert, et un labelle blanc.
Une singularité et une merveille ! Pour la reproduire, il tente de la croiser avec elle-même, sans résultat.
Un croisement avec un rejeton normal du même semis reste aussi stérile.
Finalement, c’est en recommençant un nouveau semis des mêmes plantes mères qu’il obtient un second pied.
En le croisant avec le premier, il obtient une dizaine d’exemplaires semblables au premier,
et ce fut la population initiale de tous les exemplaires que nous pouvons maintenant
nous procurer en les cherchant un peu.
Quelques années de recherches et de patience ont donc permis à un plant « mutant »
de devenir une success story horticole
. C’est le même M. De Clerck qui a créé les premiers Epicattleya (Epidendrum X Cattleya),
des hybrides souvent très méconnus, peu présentés dans la littérature,
et pourtant somptueux ou originaux.
Et à son départ à la retraite, M. De Clerck a cessé toute activité horticole !!
Nous ne saurons jamais ce que nous y avons perdu !

Lemboglossum cordatum (au labelle « en forme de cœur ») est un autre grand classique
des collections sans souci. Poussant en haute altitude, jusqu’à 3000 mètres,
il demande un « vrai froid », et c’est sa seule exigence.
L’initiation florale (généreuse : deux hampes par pseudobulbes) se fait plutôt en automne,
et la floraison est printanière.
Les hampes sont nettement plus courtes que pour l’espèce précédente,
elles sont plus souples et s’arquent sous le poids de la douzaine de fleurs aux pétales effilés ;
une potée richement fleurie a toujours un air un peu ébouriffé.
Les couleurs brun-rouge, jaune verdâtre et blanc sont particulièrement
brillantes au soleil, dans les premiers temps de l’épanouissement.

Lemboglossum uro-skinneri (dédié à Georges Ure Skinner, qui fit avec elle sa dernière découverte)
est plus rare, dans la nature et dans les collections ; sa floraison est relativement plus discrète aussi :
les fleurs sont  moins effilées, moins « étoilées » que les précédents, et les coloris bruns
et rose sont moins contrastés.
Mais une plante de grande taille rassemblant plusieurs tiges d’un mètre de haut,
couvertes de fleurs de 7 cm, est paraît-il un spectacle impressionnant.

Lemboglossum ehrenbergii est de fort petite taille, une dizaine de centimètres,
et ne produit que peu de fleurs par hampe, mais cette fleur est proportionnellement assez grande,
et particulièrement séduisante, en tons pastel blancs, rougeâtres et rosés,
desquels se détache la base du labelle jaune vif.
Un petit bijou qu’il ne faut pas se refuser, et que sa petite taille permet de cultiver sur plaque.
Floraison en automne.

Lemboglossum rossi, amateur de froid (il pousse jusqu’à 3000 mètres),
est typique des Lemboglossum de petite taille ; il a des pseudobulbes de 5 cm,
de feuilles d’une quinzaine de cm, et une inflorescence de 20 cm, chargée de 1 à 4 fleurs de 5 cm,
aux coloris très contrastés : le labelle blanc et les pétales blancs mais ponctués de brun
à la base sont encadrés des sépales verdâtres ponctués de brun.
Il fleurit abondamment, surtout en fin d’hiver.

Lemboglossum cervantesii est nain, ne porte qu’une feuille sur le pseudobulbe,
et est parfumé, caractéristique rare dans le genre : il sent l’amande douce.
La hampe florale porte, en hiver, de 3 à 6 fleurs de 5 cm.
Il en existe quelques variétés, dont une blanche.

Vous rencontrerez plus rarement dans les expositions l’un ou l’autre plant
de Lemboglossum majale (d’un rose très soutenu), L. maculatum, L. stellatum (très petit),
et quelques autres, autant d’espèces qu’il faut pourtant recommander
aussi à l’amateur de plantes fraîches.

Je terminerai par une espèce rare et singulière, Lemboglossum apterum (« dépourvu d’ailes »).
Espèce rare en soi dans la nature, et rare dans les collections parce qu’elle se reproduit difficilement.
Les anciens pseudobulbes se dégradent et disparaissent assez rapidement,
au rythme de l’apparition des nouveaux, et chaque plant ne compte souvent que trois ou quatre
générations de pseudobulbes.
Pas de quoi opérer des divisions et diffuser la plante, donc.
Quel dommage, car cette fleur est étonnante.
Pas nécessairement belle au sens commun du terme, pas vraiment attrayante,
mais ses coloris sont étranges ; et ces pétales blancs maculés de taches
d’un brun verdâtre indéfinissable exercent une espèce de fascination … indéfinissable.

 

 

François Lejeune