Présentations des plantes des réunions

 

 

MA RENCONTRE AVEC STANHOPEA TIGRINA, 

OU LE DECLENCHEUR D'UNE PASSION INCONTROLABLE

 

 

Un beau jour du mois de septembre, lors d'une excursion organisée dans les serres tropicales du Jardin botanique national de Belgique (situé à Meise), mon destin fut scellé suite à la découverte d'une des orchidées les plus impressionnantes qui soient sur terre.

Je me promenais autour du bassin à Victoria reginae (ce nénuphar géant d'Amazonie dont les feuilles peuvent mesurer plus d'un mètre cinquante de diamètre ! ), quand mon odorat fut titillé par un parfum envoûtant. Je tentai d'en découvrir la provenance et je dus me déplacer de plusieurs mètres pour parvenir à la source de cette fragrance surpuissante. Quelle ne fut pas ma surprise lorsque je vis pour la première fois cette beauté fatale !!! Une plante cultivée dans un panier en bois, suspendu au dessus du bassin à Victoria, laissait échapper une hampe florale arborant deux fleurs presque monstrueuses. Chacune mesurait au moins 15 cm, de couleur variant du blanc au bordeaux en passant par diverses tonalités intermédiaires, et leur texture était très cireuse et coriace.

Il s'agissait d'une Stanhopea tigrina, une orchidée qui n'a jusqu'à présent été trouvée qu'au Mexique, bien que certaines personnes disent en avoir récolté dans certaines zones du Guatemala, à proximité de la frontière mexicaine.

Depuis lors, je commençai à m'intéresser aux orchidées tropicales, et ce qui devait arriver arriva: une passion dévorante m'envahit pour ne plus jamais s'estomper jusqu'à ce jour. Et il semble que l'orchidéite aigüe ne possède toujours pas de remède connu, même au 21ème siècle, tant mieux !!!

La plante de Stanhopea tigrina que je cultive est apparue dans ma vie d'orchidophile de manière aussi surprenante que lors de ma première rencontre avec cette espèce à Meise. J'avais acheté quelques orchidées chez Pol Van Bosstraeten à Rhode-Saint-Genèse, dans ses fameuses serres qui ont aujourd'hui disparu du réseau des professionnels belges de l'orchidée.

Parmi ces plantes, il y avait une Stanhopea wardii, un autre espèce dont les fleurs sont jaunes et plus petites (environ 10 cm) que celles de la Stanhopea tigrina. Quelques mois plus tard, en août 1996, la plante fleurissait et il s'agissait à ma plus grande joie d'une Stanhopea tigrina ; la plante avait été mal étiquetée et, grâce à cette erreur, j'étais au comble du bonheur !!!  Depuis lors elle a refleuri 6 fois, et comme la plante grandit vite, les floraisons sont chaque année plus abondantes (chaque année 5 ou 6 hampes florales). Ce qu’il est intéressant de remarquer, c'est la variabilité des couleurs au sein d'une même plante (voir photos) ; d'une année à l'autre, les fleurs peuvent être plus ou moins marquées de macules bordeaux, parfois plus foncées, parfois plus claires.

 

Voici une brève description botanique de cette petite merveille:

 

C'est une plante d'environ 40 à 70 cm de hauteur. Les pseudobulbes mesurent en moyenne de 3 à 7 cm de haut pour 2 à 3,5 cm de large, et les feuilles sont assez grandes, de 23 à 45 cm de long et de 5 à 13 cm de large; celles-ci sont de plus munies d'un pétiole (une "tige") de 5 à 14 cm de long raccordant la feuille au pseudobulbe. Les hampes florales sont dirigées vers le bas (sous la plante) et mesurent de 20 à 35 cm de long, chacune portant 1 ou 2 fleurs, rarement 3. 

Les fleurs sont grandes, minimum 11 cm et parfois jusque 18 cm pour les variétés les plus imposantes, lorsque la plante est bien cultivée. Comme chez la plupart des orchidées, les 3 sépales et les 2 pétales latéraux sont de forme et de couleur semblables ; ici le ton de base est le blanc crème ou le jaune clair plus ou moins fortement taché de bordeaux. 

Le labelle (le 3ème pétale) est très cireux, brillant et coriace, et de forme complexe, comme chez toutes les autres espèces de Stanhopea. Il est constitué de 3 parties: l'hypochile, le mésochile et l'épichile.

L'hypochile, la partie du labelle la plus proche du centre de la fleur, forme une cavité de couleur jaune fortement marquée de bordeaux, d'où est émis l'intense parfum sucré et aromatisé rappelant parfois le jasmin. On a l'impression d'y reconnaître deux yeux foncés donnant un peu un aspect animal à la fleur, d'autant plus que les deux autres parties du labelles évoquent tantôt un "nez", tantôt des "tentacules" de calamars, selon la maniére dont on se positionne pour la regarder.

Les deux autres parties du labelle (le mésochile constituant sa partie médiane, et l'épichile, la partie terminale) sont blancs, légèrement verdâtres sur les côtés, et finement ponctués de pourpre.

 

Ecologie et habitat de la plante : Stanhopea tigrina n'est à ce jour connue que des montagnes côtières du Golfe du Mexique, dans différents états de la république fédérale mexicaine: Tamaulipas, San Luis Potosi, Queretaro, Hidalgo, Puebla, Veracruz et Oaxaca, peut-être aussi au Chiapas.

La plante se rencontre entre 600 et 1700 mètres d'altitude, dans des forêts de brumes très humides constituées de pins, de chênes et de liquidambars, parfois en forêt pluviale de montagne. Elle est le plus souvent épiphyte (poussant sur les arbres), mais parfois aussi lithophyte (sur les rochers), en situation lumineuse mais pas en plein soleil ; elle fleurit entre les mois de juillet et de septembre.

Cette espèce est visitée et pollinisée par des abeilles tropicales appelées Euglossa viridissima (en latin), de couleur vert métallique ; le labelle et le parfum qu'il dégage agissent comme un attractif puissant pour les insectes concernés. Il n'y a pas de saison sèche très marquée dans le type de forêts qui abritent la plante.

 

Conservation : il est à remarquer que Stanhopea tigrina est un plante bénéficiant d'une protection légale spéciale au Mexique suite à sa raréfaction dans la nature, à la fois parce qu'elle a été trop collectée par le passé, et également en raison de la destruction toujours plus inquiétante de son habitat naturel. Il est donc souhaitable de rechercher des plantes issues de reproduction par semis ou des divisions de plantes cultivées depuis longtemps chez nous, afin de ne pas encourager un commerce destructeur par l'importation de plantes provenant de la nature.

 

Quelques conseils de culture :

 

Les Stanhopea doivent toutes se cultiver soit en panier, soit montées sur écorce, afin de permettre aux hampes florales de se développer librement vu leur tendance à pousser vers le bas. Dans la nature, cela ne pose pas de problème, vu que les plantes sont accrochées à une branche et que les fleurs se balancent dans le vide sous la plante.

Si vous cultivez une Stanhopea en pot, découpez le fond de celui-ci et placez-y un grillage pour retenir le compost, mais il doit être assez large pour laisser les hampes florales se développer, sinon elles pourriront au fond du pot.

Les écorces de moyen ou de gros calibre associées à du charbon de bois de même taille dans des proportions de deux tiers - un tiers ou de  trois quarts - un quart sont acceptables.

Stanhopea tigrina est une espèce de climat tempéré à tempéré chaud, mais s'adapte bien à diverses conditions de température tant que l'humidité ambiante reste élevée autour de la plante et que les arrosages sont fréquents en période de croissance. En effet, l'humidité relative doit idéalement se situer entre 60 et 90 %, les arrosages doivent être très fréquents et abondants de mai à décembre (l'époque de croissance maximale) ; la plante ne doit jamais être complètement sèche sinon les feuilles ne se développeront pas correctement et elles présenteront très vite un aspect replié sur elles-mêmes. Ensuite les arrosages peuvent être réduits de janvier à avril si la plante ne présente plus de jeunes pousses en croissance. Il ne faut cependant pas laisser la plante sécher trop longtemps entre les arrosages sinon les pseudobulbes risquent de se rider fortement et la plante ne fleurira pas ou moins abondamment, car les Stanhopea sont des espèces très "gourmandes".

La fertilisation est importante également, elle doit être régulière pendant la croissance. Personnellement, je donne de l'engrais Peters 20-20-20 dès l'apparition simultanée des nouvelles pousses et des hampes florales vers le mois de mai, et ce toutes les 2 ou 3 semaines ; cela permet d'apporter à la fois de l'azote pour la croissance et du phosphore et de potassium pour soutenir les floraisons. Ensuite, après les floraisons, je donne de l'engrais Peters 30-10-10 pour augmenter la quantité d'azote nécessaire à la croissance qui s'accélère, et cela également toutes les 2 à 3 semaines. Enfin, lorsque la plante entre en repos, je suspends la fertilisation jusqu’au mois d'avril et je donne une dose d'engrais 20-20-20 pour stimuler le plante un peu avant la reprise de la croissance.

Au niveau de la lumière, les Stanhopea ont besoin d'une intensité lumineuse élevée mais tamisée. Pas de soleil direct, sauf en début ou en fin de journée durant les mois "chauds" (avril à octobre) ; en hiver le soleil ne sera plus assez fort pour brûler les plantes et elles pourront donc être un peu plus exposées.

La ventilation est surtout importante lors de la formation des hampes florales et de la floraison ; il m'est arrivé d'observer des pourritures de boutons floraux, mais il est très rare de faire pourrir un pseudobulbe ou une feuille de Stanhopea tigrina ; cette plante adore l'eau, y compris les pulvérisations foliaires.

 

 

David Haelterman