Présentations des plantes des réunions

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vanda coerulea et ses variétés.

 

 

Vanda coerulea (du latin « coeruleus, bleu ciel ») est une des stars de la famille. Sa rare couleur bleue en tesselles, ses fleurs larges et durables, sa résistance au froid, sa vigueur en font une plante attractive, et un parent privilégié pour les hybridations ; ses descendants hybrides ne se comptent plus, et sont parfois bien difficiles à distinguer de l’espèce d’origine. Un truc, tout de même : chez l’espèce botanique, les petits lobes latéraux du labelle sont recourbés vers l’intérieur, et effilés comme des crochets aiguisés et acérés ; cette caractéristique n’apparaît pas chez ses descendants croisés. D’autre part, une fois ses pollinies arrachées, la fleur de l’espèce vire au blanc en quelques jours.

L’espèce sauvage présente spontanément des fleurs peu tesselées ; ses pétales et sépales, plus longs que larges et souvent tordus en arrière, ne sont pas jointifs, mais laissent paraître un espace vide entre les pièces florales : on y a vu un petit déficit d’esthétique. Les producteurs ont donc sélectionné des plantes correspondant davantage à leurs critères esthético-commerciaux, et les ont reproduites entre elles pour généraliser les fleurs grandes, rondes et sans « jour» entre les pétales, d’un bleu très soutenu, et très tesselées. Cette forme horticole classique (qui n’est donc pas un hybride mais une sélection) peut fleurir jusqu’à cinq fois par an, et présenter simultanément deux hampes totalisant 25 fleurs de grande taille, idéalement espacées sur la tige.

L’espèce présente par ailleurs trois autres formes naturelles et rares : forma delicata est rose, généralement de ton pastel et peu tesselée. Le labelle est d’un rose plus soutenu. Elle a bien sûr été largement utilisée par les hybrideurs. Forma rogersii, plus courante, est presque blanche ; le bleu y est très dilué, même sur le labelle. Enfin, forma alba (ou luwangalba) est la plus rare : ses fleurs, labelle compris, sont totalement blanches, dès l’épanouissement. Ne pas confondre cette forme immaculée avec la forme type, dont les fleurs bleues auraient blanchi après avoir perdu leurs pollinies ! 

Résumé de l’article de M. Ph. Christophe ; L’Orchidophile n° 197, juin 2013.

 

Vanda denisoniana : une petite merveille méconnue.

 

Le genre Vanda, tel qu’il subsiste après diverses révisions des taxonomistes, compte environ 44 espèces, toutes originaires d’Asie du sud-est. Il s’agit de plantes monopodiales épiphytes, de taille variable, aux racines épaisses et souvent longues. La plupart vivent sous un climat tempéré – chaud ou franchement chaud, mais quelques-unes sont originaires de montagnes où la température est plus fraîche.

Vanda denisoniana est de taille moyenne (40 – 45 cm) ; elle développe des inflorescences d’une quinzaine de centimètres qui portent de 6 à 12 fleurs larges de 5 cm. Ces fleurs de texture cireuse, de longue durée (un peu plus de 6 semaines) sont de couleur fort variable : blanc ivoire, jaune d’or, jaune citron, verdâtre, orange, marron. La forme de la fleur est également variable : pétales ronds et presque plats, ou longs et recourbés ; certaines variétés ont des pétales tachés ou rayés. Leur parfum sucré évoque une friandise et se perçoit nettement, surtout le matin et le soir.

Cette espèce provient de Thaïlande, de Birmanie et du sud de la Chine, où elle pousse à des altitudes comprises entre 600 et 750 mètres d’altitude. Elle a été découverte par un militaire, le colonel Benson, et confiée aux prestigieux établissements Veitch, où elle a fleuri pour la première fois en 1869. Son découvreur et le botaniste Reichenbach la dédièrent à  Lady Denison Londesborough. 

Elle fait partie des espèces qui prospèrent dans une large gamme de températures, entre la fraîcheur et la chaleur modérée. Elle supporte moins la canicule que les grands froids ; j’en ai fait l’expérience cet hiver, où la température de ma véranda a baissé plusieurs jours sous les 5°C sans entrainer de problème de santé pour ma plante.

Comme la plupart des Vanda, elle réclame un bon éclairage, mais sans soleil direct en été, une bonne ventilation, surtout la nuit, et des arrosages très abondants en été. Elle peut se cultiver en panier ou en pot, dans un compost bien drainant. 

Pour ma part, je l’ai installée à racines nues dans un vase transparent, comme on en voit couramment pour les Vanda. Je le remplis d’eau à température ambiante trois à quatre fois par semaines quand l’été est chaud, et laisse tremper les racines pendant quelques dizaines de minutes. L’hiver, ce trempage n’est plus qu’occasionnel : des pulvérisations dans le vase suffisent la plupart du temps ; l’eau pulvérisée atteint les racines et s’évapore lentement des parois, créant un microclimat humide autour de la plante. L’engrais, très dilué, est ajouté une fois toutes les deux semaines à la bonne saison.

 

Ayant acquis un jeune pied il y a deux ans, j’attendais une première floraison avec impatience : de quelle couleur serait la fleur ? Fin mai, émerveillement : j’avais la variété que j’espérais : un superbe vert pomme au moment de l’épanouissement, qui se stabilise après quelques jours en une floraison jaune d’or, légèrement ponctuée de bordeaux sur les pétales latéraux, avec un centre blanc pur ; des fleurs cireuses, brillantes, parfumées. De quoi hisser immédiatement cette espèce dans le top cinq de mes préférées ! 

Autre intérêt : je vais pouvoir procéder à une petite comparaison entre cette plante et sa « petite sœur ». Juste après l’avoir achetée, j’ai eu l’occasion de gagner à la tombola un autre pied de la même espèce, provenant du même producteur. Aurais-je la chance d’avoir une variété différente ? En fait, jusqu’à présent, c’est à une différence de vitalité que j’ai eu affaire. Car ce second pied m’a causé quelques soucis : sans raison apparente, cet hiver, il s’est couvert de taches brunes qui ont envahi rapidement la plupart des feuilles, et ses racines se sont desséchées presque entièrement. Il avait toutes les apparences d’une plante condamnée, et j’avais toutes les raisons du monde de le jeter, avant qu’il contamine ses voisines. Mais pour garder une chance de sauver la plante, j’ai recoupé toutes les parties trop atteintes, ne gardant que des moignons plus ou moins malades ; j’ai bien sûr isolé cette pauvre mutilée, et l’ai abondamment traitée au fongicide et au bactéricide ; je l’ai mise à l’ombre au jardin en fin de printemps, et j’ai pu un peu reprendre espoir : les taches ne s’étendaient plus, quelques morceaux de racines reprenaient leur activité ; et mi juillet, une nouvelle feuille, indemne de toute infection, a commencé à pousser. Tous les espoirs sont à nouveau permis, mais il est clair qu’il me faudra de la patience avant de profiter d’une floraison. Pourquoi cette plante a-t-elle été seule atteinte ? Et par quoi ? Mystère ; mais son rétablissement confirme qu’il ne faut pas renoncer trop vite.

Et un dernier enseignement, à destination de ceux qui ne savent comment contrôler les racines aériennes vagabondes. Glisser dans un petit vase une Vanda qui a envoyé de grosses et longues racines dans toutes les directions est toujours un exercice périlleux : à presque tous les coups, les racines cassent avant de s’insérer dans le récipient. Le truc est connu : il faut tremper longuement les racines, de préférence dans l’eau tiède, pour les assouplir et les plier plus facilement. Mon problème était qu’une grosse racine supérieure  avait tellement continué à pousser que son extrémité se baladait à trente centimètres des bords du petit pot où il fallait désormais la faire rentrer. J’ai rempli d’eau le vase, et plongé l’extrémité vagabonde dans un autre vase ; mais le milieu de la racine, d’une quinzaine de centimètres, restait au sec, et risquait donc de casser sous la torsion. Or, cette zone à l’air s’est entièrement imbibée par capillarité, et s’est parfaitement assouplie, permettant un enroulement de la racine sur elle-même. Ce petit miracle est évidemment dû aux propriétés du velamen. Cette enveloppe grise qui emballe la racine est assez absorbante pour stocker rapidement les eaux de pluie, et même pour capter l’humidité atmosphérique. Sa faculté de s’humidifier par simple capillarité peut nous rendre quelques petits services : bon à savoir !

 

Bibliographie : 

C. ROGUENANT, G. CHIRON, Les Vandas, Tropicalia, 2001

A. ZIMMERMANN, R. DOUGOUD, Orchidées exotiques, Delachaux et Niestlé, 1959.

 

Vanda roeblingiana et Vanda (Trudelia) cristata, deux Vanda faciles à cultiver en serre froide.

 

Le genre Vanda, tel qu’il subsiste après diverses révisions des taxonomistes, compte environ 44 espèces, toutes originaires d’Asie du sud-est. Il s’agit de plantes monopodiales épiphytes, de taille variable, aux racines épaisses et souvent longues. La plupart vivent sous un climat tempéré – chaud ou franchement chaud, mais quelques-unes sont originaires de montagnes où la température est plus fraîche. Ce sont deux espèces « froides » que je vous présente ici.

 

Vanda roeblingiana pousse en épiphyte en Malaisie et aux Philippines, entre 1 200 et 2 000 mètres d’altitude. Sa tige, dressée, peut atteindre jusqu’à un mètre de long, mais elle peut fleurir bien avant d’atteindre cette taille. Ses fleurs, qui s’épanouissent en fin d’été, sont légèrement parfumées, et mesurent de 3 à 5 centimètres ; elles sont jaunâtre strié de brun ; le labelle, trilobé, est délicatement frangé.

Plante des forêts tropicales d’altitude, elle demande de la fraîcheur, une humidité constante associée à une bonne ventilation, des arrosages réguliers toute l’année, et un ombrage important. A noter qu’à l’inverse de la plupart des Vanda qui préfèrent une culture en suspension, avec les racines à l’air libre, cette espèce préfère une culture en pot, dans un substrat d’écorces bien drainant, mais constamment humide. Comme la plupart de nos plantes, elle profite d’une fertilisation légère tout au long de la période de croissance.

Cette plante apparaît particulièrement vigoureuse et facile à cultiver. Pour ma part, j’en ai acheté un pied il y a quatre ans : la plante ne payait pas de mine, avec ses racines nues et desséchées, sa tige terminée par un petit éventail de quelques feuilles molles, fripées, et marquées de nombreuses taches noires : rien de très prometteur, mais le prix était proportionnel à ce mauvais état.

Elle a passé un premier hiver dans un pot de verre, sans substrat ; ce microclimat humide a permis un léger redémarrage des racines, mais ce n’est qu’au printemps, avec une poignée de sphaigne au fond du pot, que les racines ont repris une véritable activité. La plante a alors décidé de sacrifier son ancienne tige, trop dégradée pour assurer son avenir : les feuilles ont progressivement jauni et sont tombées, pendant qu’un bourgeon latéral donnait naissance à une nouvelle tige, saine et vigoureuse. L’année suivante, j’ai rempoté la plante dans un substrat d’écorce, la croissance a continué son cours, et de nouvelles racines sont apparues. Et ce printemps, ce sont pas moins de quatre hampes florales qui ont percé. La plus petite s’est desséchée au profit des autres, qui se sont épanouies fin juillet. Un résultat inespéré que ces 25 fleurs sur une plante qui ne mesure encore qu’une trentaine de centimètres.

 

 

Vanda cristata a été reclassée il y a vingt ans dans les Trudelia, mais cette nouvelle dénomination ne fait pas l’unanimité des botanistes. Elle pousse en épiphyte et en lithophyte sur les contreforts de l’Himalaya, entre 1 000 et 2 000 mètres, à des expositions assez ensoleillées mais souvent obscurcies par le brouillard. La plante est de petite taille (une trentaine de centimètres), et fleurit en fin de printemps. Les inflorescences portent de deux à six fleurs, larges de trois à cinq centimètres, de teinte vert – jaune, qui durent de trois à quatre semaines.

Vanda cristata demande des températures fraîches en hiver, un peu plus élevées en été (de 7 à 12 °C les nuits d’hiver, jusqu’à 25 °C en été), avec une forte humidité atmosphérique. Les arrosages seront fréquents en été, un peu réduits en hiver. Elle supporte une lumière intense, mais doit rester protégée des rayons directs du soleil. Cultivée en pot plutôt qu’à racines nues, elle réclame un compost d’écorces et de charbon de bois de granulométrie moyenne.

Comme la précédente, cette plante est volontaire. Celle que j’ai acquise en février de cette année mesurait moins de dix centimètres, et développait déjà une petite inflorescence. Celle-ci n’a pas résisté au changement de conditions de culture, mais la plante s’est tellement vite et bien adaptée qu’après quelques mois de croissance, elle en produisait une nouvelle, qui n’a demandé qu’un mois de maturation avant de s’épanouir. Et plus la plante grandira en âge et en taille, plus les inflorescences seront nombreuses et garnies de fleurs … si tout va bien.

 

Comme toutes les plantes de serre froide, ces deux Vanda tirent profit d’un estivage à l’extérieur, où elles n’ont que peu d’ennemis à redouter. Seules nos ennemies de toujours, les limaces, pourraient s’attaquer à la tête active de leurs racines, mais ce risque ne s’est pas vérifié en ce qui me concerne.

 

Bien sûr, ces deux espèces au charme discret ne peuvent rivaliser avec la splendeur de Vanda coerulea ou de tant d’hybrides fastueux, mais elles méritent de retenir notre attention pour leur relative facilité de culture … ce qui n’empêche pas l’amateur peu équipé de ressentir la fierté d’avoir fait fleurir des Vanda botaniques.

 

Pour en savoir plus : 

C. ROGUENANT, G CHIRON, Les vandas, découverte d’un groupe d’orchidées spectaculaires, Tropicalia, 2001.

R BELLONE, Orchidées, Guide de l’amateur, Belin, 2004.

M LECOUFLE, Le traité des Orchidées, Artémis, 2004.

 

 

F.Lejeune