Présentations des plantes des réunions

 

Quelques généralités utiles à propos des Lycaste, Ida et Anguloa.

 

 

 

Je vous propose ici le résumé de deux chapitres de l’incontournable ouvrage du Dr Oakeley consacré à ses trois genres fétiches.
J’ai sélectionné les informations botaniques qui apportent un éclairage original et pointu sur les conditions de vie, donc de culture, des plantes.
Il s’agira surtout de vous aider à observer vos plantes, à interpréter leur comportement, et à optimiser leur culture.
Pour le reste, les grandes généralités et les détails spécifiques, vous n’aurez plus qu’à consulter vous-mêmes ce livre passionnant.

 

Les petites espèces parmi les Ida et Lycaste sont épiphytes et lithophytes, tandis que les plus grandes, ainsi que les Anguloa, sont plutôt terrestres et lithophytes.
En tant qu’épiphytes, elles se développent plutôt en « bryophites », c’est-à-dire qu’elles envoient leurs racines coloniser la mousse qui recouvre les branches de l’arbre hôte.
A noter que rares sont les espèces qui prospèrent sur les fougères arborescentes : ce support leur semble inhospitalier.
En tant que terrestres et lithophytes, elles se développent surtout dans des litières de feuilles en décomposition, souvent sur des roches calcaires. 

Les altitudes sont variables, depuis le niveau de la mer (Lycaste campbellii) jusqu’à 3600 m (Ida fimbriata).
En corollaire, l’ensoleillement est également variable : lorsque Ida fimbriata se rencontre en basse altitude,
c’est plutôt en pleine ombre, dans des tapis de feuilles, mais Ida costata se rencontre en plein soleil,
dans des prairies calcaires, et Lycaste angelae s’adapte même à des piquets de clôture dénudés.
Une même espèce, comme Lycaste macrophylla, peut se rencontrer en épiphyte vers 650 mètres d’altitude,
rafraîchie par la pleine ombre et des cours d’eau, et en terrestre, en plein soleil, mille mètres plus haut.
Quant aux lithophytes, elles réclament un fort ensoleillement : Ida heyndericxii, par exemple, est vigoureux aux lisières et dans les clairières,
mais devient épiphyte sous le couvert des grands arbres ; sa croissance sur roche, au niveau du sol, est incompatible avec un couvert forestier.

Les différences d’altitudes n’impliquent cependant pas de grandes différences de températures pour la culture : comme l’exemple précédent le signale,
les espèces de basse altitude poussent à l’ombre, le long de cours d’eau ou de lacs qui les rafraîchissent ;
les plus élevées, dans des prairies sans couverture forestière, s’exposent au plein soleil.
Et à l’inverse, les plantes de très haute altitude comme Lycaste skinneri poussent à l’abri d’un couvert boisé qui les protège du gel occasionnel.
Une serre tempérée, avec des nuits à 15°C et des journées approchant des 30°C, convient donc à la majorité des espèces,
qui tolèreront des dépassements de 5°C de cette fourchette idéale. Un principe à respecter : plus l’air est frais, plus l’ensoleillement doit être intense.

 

Le feuillage est toujours composé de 2 à 4 feuilles minces, côtelées, plissées, se dressant depuis le sommet du pseudobulbe ;
deux à quatre autres feuilles enveloppent le pseudobulbe, et tombent dès sa maturation.
La plupart des Lycaste jaunes d’Amérique centrale perdent leurs feuilles principales dès que le pseudobulbe est mûr,
ne conservant que deux aiguillons (agressifs) au point d’ancrage des feuilles.
Les Lycaste de la section Lycaste conservent leurs vieilles feuilles jusqu’à ce que la nouvelle pousse ait produit les siennes,
et les perdent avant que le nouveau pseudobulbes se soit entièrement développé.
Les Anguloa perdent leurs feuilles peu avant l’apparition de la nouvelle pousse, conservant également de petits aiguillons.
Les Ida gardent leurs feuilles deux à trois ans. Vérifiez donc la catégorie de votre plante, avant de vous inquiéter de la voir perdre ses feuilles:
il peut s’agir d’un processus biologique parfaitement naturel.
L’allure du feuillage est également une bonne indication de la qualité de la culture : les feuilles des Ida et Anguloa sont naturellement dressées,
sauf si elles ont manqué de lumière pendant leur croissance ; dans ce cas, elles ont tendance à s’étaler vers l’horizontale et à se diriger vers la source lumineuse.

Les feuilles de Lycaste sont toujours inclinées vers la lumière.
Seule exception : Ida dyeriana a des feuilles pendantes, charnues, non plissées, souvent garnies de protubérances verruqueuses sur le revers.
La taille des feuilles livre aussi des indications sur les conditions de vie et exigences de culture :
les plantes qui poussent dans des zones ombragées sont pourvues de feuilles larges, étalées, qui augmentent la capacité à capter la luminosité,
et à transpirer si le climat est chaud ; celles de plus haute altitude, en situations découvertes, ont des feuilles plutôt étroites,
coriaces bien qu’encore minces, qui s’adaptent à un fort ensoleillement.
Les plantes qui préfèrent l’ombre, si elles sont cultivées au soleil, vont développer des feuilles plus épaisses si l’air est frais,
mais les verront jaunir et les perdront si l’air est chaud et sec. Toutes les espèces apprécient une forte hygrométrie,

surtout les Anguloa, les Lycaste de la section Lycaste, et les Ida de la section Ciliatae.

 

Ces trois genres sont particulièrement robustes. Les Ida se régénèrent couramment par le rhizome après que les pseudobulbes
ont été brûlés par un incendie ; certains Angulocaste ont survécu à l’extérieur à deux hivers anglais humides, avec des gelées à – 10°C :
les tendres pseudobulbes de tête, détruits, émettaient de nouvelles pousses à partir des yeux de la base !

 

Ces genres conviennent très mal à la fleur coupée : la moindre atteinte abîme les fleurs.
Il suffit parfois de toucher le labelle velouté de Lycaste skinneri et de ses hybrides pour qu’il brunisse en une heure !
Les Ida sont un peu plus résistantes, mais leur labelle (surtout dans la section Ciliatae) noircit rapidement en atmosphère sèche, même sur la plante.

Tous ces genres produisent généralement de nombreuses hampes à la base de chaque nouveau pseudobulbe,
mais une seule fleur par hampe. Cependant les plantes particulièrement bien cultivées en produisent assez facilement deux.
Dans ce cas, l’une des deux présentera un labelle légèrement déformé.

Les hampes mesurent généralement de 3 à 6 cm, mais Ida costata les pousse jusqu’à un mètre.
La largeur des fleurs va de 1,5 cm (Lycaste campbelli) à 20 cm (L. schilleriana) ;
les hampes ont une inclinaison qui oscille entre l’horizontale et la verticale (elles sont pendantes chez I. dyeriana) ;
elles sont toujours verticales chez les Anguloa. Chez Ida locusta, elles commencent par se diriger vers le bas, puis se redressent vers la verticale.

(Résumé du chapitre « caractéristiques générales », pp 11-12).

 

Les Lycaste produisent de 4 à 25 hampes florales à la base des derniers pseudobulbes mûris ;
chez la plupart des espèces, les fleurs apparaissent avec l’émergence de la nouvelle pousse (dans la section Lycaste,
il faut attendre que cette nouvelle pousse soit déjà à moitié développée).
Quelques espèces (de la section Lycaste, et L. skinneri en particulier) fleurissent par « vagues » successives étalées sur quelques mois :
la plante émet d’abord une ou deux fleurs « en éclaireur », un à deux mois avant les autres ;
ensuite vient le pic de floraison durant un mois ; enfin quelques « arrière-gardes » ; le tout peut s’étaler sur six mois.
Cet échelonnement peut correspondre à une stratégie de reproduction plus assurée,
puisque les pics de floraison rencontrent parfois de très mauvaises conditions de pollinisation ;
les quelques épanouissements anticipés ou postposés garantissent un minimum de fécondation par plante.
Lycaste cochleata, L. xytriophora, L. macrophylla ont également des périodes de floraison particulièrement longues (de mai à décembre pour L. cochleata).
Au contraire, dans la section Aromaticae, toutes les fleurs s’ouvrent presque simultanément,
pour une floraison qui ne dépasse pas 6 semaines, chaque fleur individuelle durant de 3 à 4 semaines.

 

Dans la section Lycaste, si le pseudobulbe ne produit qu’une seule fleur, celle-ci est généralement de plus grande taille
que si les fleurs étaient nombreuses ; d’où la tentation chez certains producteurs de retirer la plupart des boutons floraux
pour produire des « fleurs de compétition », une pratique pourtant interdite dans la plupart des concours …
Ce phénomène n’apparaît pas dans les autres sections des Lycaste ni chez les Ida et Anguloa.
Une autre manipulation interdite : retourner sur eux-mêmes les pétales et sépales naturellement incurvés vers l’intérieur pour « ouvrir » la fleur,
et en laisser voir plus distinctement l’intérieur, alors que sa configuration naturelle en forme de coupe
cache partiellement le labelle, la colonne, et le détail de la coloration.
Cette « tricherie » se pratique surtout avec les hybrides complexes.
De même, plus spécialement avec les hybrides de Lycaste skinneri,
certains producteurs n’hésitent pas à compresser légèrement les pièces florales entre deux petites feuilles de carton
pour redresser leur extrémité qui a tendance à se récurver ou à se torsader.
Heureusement, ces manipulations destinées à tromper sur la marchandise se détectent assez facilement,
puisqu’elles infligent des lésions visibles aux pièces florales.
Mais mieux vaut regarder de près et ne pas se fier à une photo !

 

 

 

François Lejeune.