Présentations des plantes des réunions

L’orthographe et la typographie des noms botaniques, 
et la classification des espèces.

 

 

 

Des étiquetages trop peu soignés …

Vous remarquez parfois, lors des expositions ou dans les serres des professionnels,

des plantes sans étiquettes, ou présentées sous des dénominations visiblement fantaisistes,

comme, récemment dans un stand, une « maxdévalia » ou une « célogine ».

Impossible, si le nom d’espèce est tout aussi malmené, de retrouver dans la littérature

ou chez les producteurs une plante intéressante.

Il m’a fallu par exemple quelque temps pour comprendre que mon

Phalaenopsis Broders (inconnu sur Internet) était en fait le Phalaenopsis Brothers,

un nom anglais banal, mais transcrit phonétiquement par un producteur peu versé

dans la langue de Shakespeare – à moins que l’erreur ne provienne de son fournisseur …  

Rien de bien grave, mais les erreurs de transcription sur nos étiquettes, excessivement courantes,

peuvent néanmoins devenir calamiteuses : combien de nos plantes sont ainsi mal identifiées

 et éventuellement mal cultivées ?

Très certainement, chacun d’entre nous imagine cultiver telle espèce particulière,

alors que c’est une tout autre qu’il détient. 

Et nos erreurs font des petits, chaque fois que nous multiplions et diffusons nos protégées.

J’ai par exemple, ces dernières années, largement distribué des bulbes de ma prolifique Pleione limprichtii ;

son apparence me semblait un peu atypique, mais je croyais avoir affaire à une variété particulière,

l’étiquette d’un marchand très sérieux faisant foi.

Désolé pour mes correspondants : un connaisseur du genre vient de m’assurer qu’il s’agissait

d’un simple hybride de Pleione formosana.

Et voilà quelques dizaines d’« imposteurs » dans les collections …

De même, le Cyrtochilum sanderianum dont je distribue quelques keikis tous les ans … n’existe pas,

pas même comme synonyme ! Le voilà dévalué en Cyrtochilum sp.

C’est d’autant plus idiot et énervant que ces erreurs sont facilement évitables :

ayons le soin de vérifier l’exactitude d’un nom, si c’est possible, et du moins son orthographe.

Veillons surtout à les noter très scrupuleusement sur nos étiquettes, lorsque nous présentons nos plantes à des expositions.

Méfions-nous bien sûr d’Internet : les aberrations y pullulent dans les sites et forums d’amateurs.

Préférons les sites d’associations (quand même pas infaillibles) et pour les espèces botaniques,

la référence mondiale reste la liste du Royal Botanical Garden Kew.

Différentes pistes de recherches s’ouvrent à vous à partir des pages suivantes.

http://apps.kew.org/wcsp/qsearch.do

http://apps.kew.org/wcsp/reportbuilder.do?method=Reset

Quant aux hybrides, depuis les origines, ils sont officiellement enregistrés, avec identification détaillée des ascendants,

dans la « Sanders Complete List of Orchid Hybrids », dont les dernières années (depuis 2001)

sont consultables et téléchargeables sur 

http://www.rhs.org.uk/plants/registration_orchids.asp

Voyez aussi, parmi d’autres,  une liste de tous les noms de genres botaniques et hybrides,

de leurs abréviations et de leurs ascendants : 

http://retirees.uwaterloo.ca/~jerry/orchids/names.html

Une petite procédure simple : à chaque acquisition, allez vérifier l’orthographe de l’étiquette de votre plante !

Ou, plus rapide, lancez une recherche sur le nom de votre plante : « Célogine chrystata »

ne donnera aucun résultat puisque ce nom n’existe pas, et ce sera le signe qu’il vous faut approfondir les recherches.

 

Des typographies pleines d’enseignements.

A l’opposé, vous vous demandez peut-être pourquoi les ouvrages sérieux multiplient les distinguos typographiques,

en vous parlant de Cattleya nobilior Reichb.f., de Cattleya nobilior var. amaliae ‘Perfection’, de Cattleya xschunkii,

et encore de Laeliocattleya Ann Agaki. La dénomination et la graphie des noms botaniques et

horticoles répondent à des règles très strictes.

L’amateur n’a jamais l’occasion de les pratiquer, mais il a tout intérêt à savoir les décrypter à la lecture.

Voici donc quelques clés pour comprendre les informations contenues dans la typographie des noms de plantes.

 

Sans entrer dans les détails (reconsultez éventuellement le n° 75 de notre revue, paru en mars 2005),

rappelons que le système de classement et de dénomination des êtres vivants a été établi

par le botaniste suédois Carl von Linné au XVIIIème siècle.

Depuis, toute dénomination et graphie sont soumises aux règles parfois très complexes édictées par le Code international

de la nomenclature botanique.

Ces règles semblent si complexes que même des professionnels semblent s’y perdre un peu :

les sources se contredisent quelquefois, et vous trouverez à l’occasion de vos lectures

quelques définitions différentes de ce qui suit. Lançons-nous néanmoins.

 

La dénomination Cattleya nobilior Rchb.f. nous présente une espèce botanique :

nom de genre, avec majuscule, et nom d’espèce avec minuscule, toutes deux en italiques.

Suit, en caractères romains, avec majuscule, le nom du botaniste qui a identifié et

nommé la plante en tant que nouvelle espèce. Ici, Reichb.f. est l’abréviation codifiée

pour « Reichenbachi filius », à savoir Heinrich Gustav Reichenbach (1823 – 1889),

fils d’un autre orchidologue, Heinrich Gottlieb Reichenbach. 

Cattleya nobilior var. amaliae ‘Perfection’ nous présente la même espèce,

mais précise que nous avons affaire à la variété (var.) amaliae (italiques) de cette espèce.

Comme son nom l’indique, une variété est une variante naturelle, à l’intérieur d’une même espèce.

Plus précisément encore, ‘Perfection’ (majuscule, caractères romains, entre guillemets simples)

désigne un des nombreux cultivars de cette variété.

Le cultivar (abréviation pour cutlivated variety) est une plante créée et reproduite artificiellement par l’homme,

et n’existe donc pas spontanément à l’état naturel ; le cultivar sélectionné et

nommé est généralement reproduit par méristèmes (clonage) pour conserver invariables

toutes les caractéristiques qui assureront son succès commercial.

 

Cattleya xschunkii, signale une espèce (schunkii) obtenue par hybridation à l’intérieur

du genre Cattleya. Le x précédant le nom d’espèce (x minuscule à l’initiale, non italique,

accolé au nom) signifie de façon claire une « multiplication croisée » entre espèces différentes,

qu’elle soit spontanée dans la nature ou artificiellement obtenue en horticulture.

En l’occurrence, la parenté précise de cet hybride s’écrirait Cattleya schilleriana X C. schofieldiana. (x majuscule).

 

Si les deux parents appartiennent à des genres différents (hybride intergénérique), le nom de genre de ce croisement

sera l’abréviation (souvent intelligible) des noms des parents : les classiques Laeliocattleya dérivent

des Laelia reproduites avec des Cattleya ; les Sophrolaeliocattleya y ajoutent les Sophronitis ;

ces noms (majuscules, italiques) sont extrêmement nombreux, et souvent familiers des amateurs.

Dès que la parenté devient trop complexe (au-delà de 4 genres croisés),

l’obtenteur crée librement un autre nom, sans référence aux ancêtres de l’hybride :

les Potinara (abrégés Pot.) sont le produit des Cattleya X Brassavola X Laelia X Sophronitis.

 

Laeliocattleya Ann Agaki : les hybrides obtenus entre Laelia et Cattleya sont extrêmement nombreux ;

cette dernière graphie nous présente le grex Ann Agaki, c’est-à-dire l’ensemble

des plantules obtenues par un semis particulier.

Toutes ces plantules ont la même parenté, mais peuvent néanmoins différer fortement

d’un individu à l’autre, comme les frères et sœurs d’une même famille.

Le grex (en latin, « groupe, troupeau » ; écrit en caractères romains, avec majuscules) désigne

l’ensemble de la fratrie (toutes les plantes issues d’un semis) à l’intérieur de laquelle l’obtenteur

sélectionnera quelques individus remarquables qu’il désignera d’un nom de cultivar et

reproduira à l’identique par méristèmes.

 

Imaginons enfin un  Cattleya nobilior var. amaliae ‘Perfection’ AM/AOS, CCM/RHS.

Ces dernières informations, en majuscules, signalent les prix obtenus

par une plante (botanique ou hybride) lors d’un jugement officiel prononcé par les juges

agréés de l’American Orchid Society (AOS) ou de la Royal Horticultural Society de Londres (RHS),

les deux sociétés d’orchidophilie les plus prestigieuses, dont les jugements font autorité dans le monde.

Les prix les plus fréquemment mentionnés (chaque société a ses propres sigles) s’abrègent comme suit :

HCC (Highly Commended Certificate, ce qui équivaut, pour faire simple, à une évaluation de 75 – 79 %) ;

CCM (Certificate of Cultural Merit) ou AM (Award of Merit), de 80 à 89 % ; FCC (First Class Certificate),

90 % et plus.

Une plante ainsi primée sera toujours notée avec sa « médaille »,

ce qui justifiera des prix élevés pour ses clones et divisions !

 

Des classifications à observer.

Pour donner maintenant un aperçu plus systématique, rappelons que tout commence par la taxinomie

(ou taxonomie), principes de classement des êtres vivants : végétal ou animal ?

Invertébré ou vertébré ? Poisson ou mammifère ? Bipède ou quadrupède ?

Palmipède ou ongulé ? Etc.

En conjonction avec ces classements se développe la nomenclature (du latin nomen, le nom),

la désignation des plantes et des animaux par des noms conformes aux règles internationales.

Puisque les classements proposés par les botanistes ne font pas toujours l’unanimité de la communauté

scientifique et que les découvertes se succèdent sans cesse, ces classements et les noms

qu’ils ont suscités sont périodiquement réévalués et corrigés.

Plusieurs classements différents coexistent ainsi, et le nombre de tribus,

de genres et d’espèces varient parfois sensiblement d’un répertoire à l’autre. 

Dans l’état actuel de la nomenclature la plus communément admise

(mais en remaniement intensif depuis une dizaine d’années), les orchidées comptent approximativement

4 (ou 6) sous-familles, une vingtaine de tribus, une soixantaine de sous-tribus, 850 genres et 25 000 espèces.

Décompte conventionnel et provisoire, donc.

 

Par exemple, du plus haut au plus bas de l’échelle, dans le règne végétal,

le Dendrobium bigibbum forma compactum est ainsi classé comme suit.

(Ce tableau est tiré de de R. BELLONE, Orchidées, guide de l’amateur, Belin, 2004.

Les suffixes utilisés systématiquement pour chaque échelon du tableau (familles, tribus, etc.) sont soulignés.

Les échelons non systématiques sont indiqués entre parenthèses.)

 

Embranchement des Spermatophytes angiospermes (plantes à fleurs et à graines).

Classe des Monocotylédones.

Ordre des Orchidales.

Famille des Orchidaceae ( = Orchidacées, ou orchidées).

Sous-famille des Epidendroideae

Tribu des Dendrobieae.

Sous-tribu desDendrobiinae

Genre des Dendrobium

(Sous-genre (subgenus, abrégé subg.) des Xerobium. )

(Section (sectio) Phalaenanthe.)

(Série (series) (pas pour cette espèce))

Espèce bigibbum (accord de cet adjectif latin avec le nom de genre, ici  un neutre).

(Sous-espèce (subspecies, abrégé subsp ou ssp) bigibbum.)

(Variété (var.)phalaenopsis.)

(Forme (forma) compactum.)

 

C’est aussi en observant la nomenclature, en approfondissant la taxonomie que vous comprendrez la vie

de vos plantes et que vous apprendrez à vous en étonner toujours plus :

des croisements entre espèces d’un même genre nous paraissent aller de soi ;

pourtant, ils sont souvent déjà bien difficiles dans le règne animal :

les véritables hybrides y sont rares, et généralement stériles.

Considérez maintenant que les orchidées peuvent se croiser d’un genre à l’autre,

comme le feraient une vache, un mouton et un cheval !

A l’intérieur d’une même sous-tribu, à peu près tout est possible !

Etudions le cousinage de nos plantes, et nous pourrons rêver à des combinaisons extraordinaires. 

Soyons donc attentifs aux noms de nos plantes, et respectons-les le mieux possible :

l’air de rien, ils nous en disent beaucoup sur elles.

 

Bibliographie : 

D. ADRIAENSSEN, Le latin de mon jardin, guide futé de 1 500 noms de plantes.

Larousse, 2003

R. BELLONE, Orchidées, Guide de l’amateur,

Belin, Coll. Tropicalia, 2004

G. LEROY-TERQUEM, J. PARISOT, Comment choisir et entretenir vos Orchidées, Bordas, 1989.

C. ROGUENANT, G. CHIRON, Les Vandas, découverte d’un groupe d’orchidées spectaculaires, Belin, Coll. Tropicalia, 2001, 

 

 

F.Lejeune.