Présentations des plantes des réunions

Quelle eau pour nos orchidées?

 

Voici certainement un sujet difficile a aborder car très controverse. La contestation naît du fait que les données que je vais vous livrer tout au long de ces pages sont malaisées à analyser et par conséquent difficilement quantifiables. Les divergences de vue ne manquent donc pas.

Quelle eau avons-nous à notre disposition pour soigner nos orchidées?

-1'eau de distribution

-1'eau de puits

-1 'eau de pluie

-1'eau minérale en bouteille

1) L'eau de distribution

En Belgique, 1'eau de ville varie suivant les différents captages. Certains d'entre nous, mais ils sont minoritaires, bénéficient d'une eau douce , c'est-à-dire ayant une teneur en sels de calcium et de magnésium très basse. D'autres, au contraire, reçoivent une eau qualifiée de "dure", c'est-à-dire chargée en carbonates, chlorures...combinés calcium et magnésium. Il semblerait que ceux qui reçoivent 1'eau provenant des captages d'Eupen et de la Gileppe bénéficient d'une eau relativement douce et intéressante pour les orchidées.

La teneur en carbonates de calcium/magnésium s'exprime en degrés TH. Jusqu'à 10 à 12 degrés TH, on estime que 1'eau est bonne pour la culture de nos plantes. A partir et au-delà de 15°TH,1'eau devient impropre à la nutrition de nos orchidées. Nous pouvons nous procurer des kits servant à mesurer le TH de notre eau dans les magasins d'aquariophilie. Les notices d'utilisation sont claires et le prix approximativement de 320 BEF.

Malheureusement, pour ne pas faciliter nos calculs, les degrés TH ont trois valeurs différentes:

- valeur de 1°TH français: 10 mg/litre

- valeur de 1 °TH anglais: 14,3 mg/litre

- valeur de 1°TH allemand: 17,8 mg/litre.

Soit 1'équivalence suivante: 1 °TH frangais = 0,7°TH anglais = 0,56°TH allemand.

Autre paramètre dont on doit tenir compte dans la composition de 1'eau de distribution: le PH.

Le PH (potentiel hydrog6ne) est le degré d'acidité ou d'alcalinité de notre eau. Ce PH se mesure sur une échelle allant de 0 (acidité maximale) à 14 (alcalinité maximale), la neutralité se situant à 7.

Il est recommandé de donner à nos orchidées une eau dont le PH varie de 6 a 6,5 maximum. En effet, au-delà de PH 6,5, certains éléments sont mal assimilés par la plante et sa nutrition est déréglée

L'eau du robinet, dans nos régions, a un PH qui se situe habituellement entre 6,5 et 8,2. Lorsqu'elle a un PH de moins de 6,5,1 'eau peut être distribuée telle quelle à nos plantes. Au- delà, et même si elle est neutre (soit PH=7), il vaut mieux rectifier notre eau.

Ici encore, des kits de calcul du PH sont vendus dans les magasins d'aquariophilie. Its sont faciles à employer et leur prix avoisine les 7,44 euros

Comment rectifier un PH trop alcalin?

Pour abaisser le PH d'une eau trop alcaline, on procède par adjonction d'acide. Trois acides sont couramment employés pour ce faire:

- 1'acide oxalique qui provoque après quelques heures un précipité d'oxalate de calcium qui se retrouve dans le fond du récipient. Il vaut mieux faire en sorte que ce précipité reste dans le fond du recipient et qu'il ne se retrouve pas dans le pot de nos plantes!

- 1'acide nitrique dilué à 20%, qui a la faculté de transformer le carbonate de calcium qui est nocif pour nos orchidées en nitrate de calcium assimilable et bon pour elles, pourvu que ce nitrate de calcium n'apparaisse pas en trop grande quantité, auquel cas il devient lui aussi nocif.

- 1'acide sulfurique, tout aussi dangereux à employer, va neutraliser une partie de 1'alcalinité de 1'eau en transformant les ions carbonates, les ions calcium et les bicarbonates.

Comment procéder?

1) Analyser le PH de 1'eau. Vous avez de fortes probabilités que le PH soit supérieur à 6,5.

2) Des lors qu'il dépasse 6,5, prendre un échantillon d'un litre d'eau et laisser tomber goutte à goutte 1'acide nitrique ou sulfurique au moyen d'une pipette, en comptant soigneusement le nombre de gouttes.

3) Recommencer régulièrement l'analyse du PH de cette eau corrigée.

4) Lorsque le PH arrive à un niveau se situant entre 6 et 6,5, le résultat est atteint. Il suffit alors de préparer le nombre de litres destinés à la collection de plantes.

!Attention!

La manipulation de l'acide nitrique est très dangereuse. Une seule goutte tombant sur la peau va la brûler au 3ème degré irrémédiablement.

IL FAUT TOUJOURS VERSER L'ACIDE DANS L'EAU et non verser d'eau dans l'acide, ce qui provoque une réaction violente et des éclaboussures qui peuvent brûler très profondément la peau. En cas d'accident, rincer immédiatement et abondamment à l'eau froide.

L'acide oxalique, quant à lui, est moins dangereux à employer mais il s'agit quand même d'un poison. Il est vendu en droguerie sous forme de poudre qu'il suffit de verser dans une plus ou moins grande quantité d'eau tiède, à raison d'un gramme pour dix litres. Après quelques heures, vérifier le PH rectifié.

Comment rectifier un PH trop acide?

Si le PH de votre eau est trop bas (5,5 par exemple), il faut le faire remonter au moyen de potasse caustique diluée à 20%.

Ici aussi, il faut procéder sur un petit échantillon d'un litre avant de traiter toute l'eau nécessaire à la collection.

!Attention!

TOUJOURS VERSER LA POTASSE CAUSTIQUE DANS L'EAU goutte à goutte et ne jamais verser l'eau dans la potasse caustique.

NE JAMAIS MELANGER L'ACIDE ET LA POTASSE sous peine de réactions dangereuses.

Ces manipulations de l'eau de distribution, moyennant un minimum de soins et de précautions, sont assez faciles à réaliser.

Le PH étant corrigé, il est clair que vous disposez d'une bonne eau pour vos orchidées, dont vous connaîtrez plus ou moins la composition. Il suffira de lui ajouter l'engrais de votre choix en petites quantités.

Avant de terminer le chapitre de l'eau de distribution, il faut encore rappeler deux choses. D'abord, il ne faut pas oublier que l'eau de distribution est plus ou moins chlorée. Le chlore est mauvais pour les orchidées, mais heureusement il est volatile. Il suffit donc de laisser aérer cette eau pendant 24 heures avant l'emploi et le chlore sera évaporé. Ensuite, il faut absolument éviter d'utiliser pour nos orchidées l'eau sortant des appareils adoucisseurs habituels que nous plaçons à l'entrée de notre eau de distribution afin de limiter les effets néfastes du calcaire. Utiliser cette eau serait les condamner à une mort certaine à cause de la haute concentration en sodium. Attention donc si nous habitons un immeuble à appartements multiples où ces adoucisseurs sont souvent placés à l'arrivée d'eau destinée à toute la collectivité.

Si vous habitez la Région Wallonne, vous pouvez vous procurer l'analyse de l'eau distribuée dans votre commune, en adressant une demande écrite à la S.W.D.E., Direction régionale, rue Dartois 41, à 4000 Liège. Dans un délai de trois semaines, vous recevrez gratuitement cette analyse.

Vous pouvez aussi vous procurer le bilan physico­chimique de l'eau de distribution à la Maison Communale de chaque commune. Il suffit de s'y renseigner. Cette analyse est régulièrement mise à jour.

2) L'eau de puits.

Depuis quelques années, le nombre de puits creusés chez les particuliers augmente considérablement.

Selon un rapport de la S.W.D.E datant de novembre 1997, dans l'eau des puits peuvent se trouver de l'ammoniaque, des nitrites et des nitrates, divers types de pesticides suivant le caractère plus ou moins rural de l'endroit où l'on habite, suivant l'époque de l'année où des épandages ont été faits par les fermiers sur leurs champs et suivant la quantité des pluies tombées. Ces divers composés, s'ils ne sont pas recommandés pour l'être humain, ne sont pas nécessairement mauvais pour les orchidées. L'ennui est que personne ne connaît leur concentration, et quand bien même on le saurait à une époque déterminée, cette concentration varie suivant les saisons et suivant les pluies plus ou moins abondantes. Or, un excès de ces éléments est naturellement néfaste.

A propos de l'eau des puits, ce qui devient plus ennuyeux et très toxique pour nos orchidées, c'est que l'on y retrouve très fréquemment de l'aluminium, du fer et du manganèse, des résidus de détergents, des fuites de réservoirs à mazout, des fuites de réseaux d'égouts, etc. De l'avis de l'Institut Horticole de Gembloux et de l'Observatoire du Monde des Plantes, l'eau des puits est la plus dangereuse à utiliser.

Si vous voulez faire analyser votre eau, un simple coup de fil à la S.W.D.E. ou aux laboratoires Malvaux, pour les habitants de la Région Wallonne, vous renseignera sur la marche à suivre. Toutefois, ces analyses coûtent très cher:

- analyse de type organo-chloré: +/-133,86 euros

- analyse de type organo-phosphoré: +/- 272,68 euros

3) L'eau de pluie.

Toujours suivant le rapport de la S.W.D.E. du mois de novembre 1997, l'eau de pluie est actuellement polluée quel que soit l'endroit où l'on se trouve. Tout le monde connaît le problème des pluies acides et peut-être un peu moins le problème de la présence des métaux lourds comme le plomb. Des études effectuées sur les divers pesticides ont démontré leur présence généralisée dans toutes les régions du pays. Les eaux de pluie peuvent encore être polluées en fonction des facteurs environnementaux locaux:

- pollution par les métaux lourds et spécifiquement le manganèse, l'aluminium, le zinc, le cuivre, le plomb, le fer, si on habite à proximité d'une zone industrielle ou si l'on possède des gouttières en zinc. Cette pollution par les métaux lourds peut être aussi néfaste que l'excès de calcaire.

- pollution par les hydrocarbures polyaromatiques provenant de divers revêtements goudronneux, y compris notre toiture en roofing: ceci est très difficile à contrôler mais il est logique de croire qu'un toit en roofing délavé depuis des années par les pluies ne présente plus un taux élevé de toxicité.

- pollution par les hydrocarbures si l'on habite la ville ou sa banlieue, à proximité d'autoroutes ou de grand-routes très fréquentées ou à cause de notre chauffage au mazout ou celui des voisins (un collectionneur a vu mourir sa collection d'orchidées au bout de deux ans après l'installation de son chauffage central au mazout - de même, la pollution par les hydrocarbures peut occasionner l'avortement des boutons floraux).

- pollution par les détergents;

- pollutions bactériologiques diverses selon l'état de propreté de la citerne et pollution par micropolluants organiques provenant des liants du ciment ou des produits utilisés dans les installations intérieures.

Ces différentes pollutions peuvent affecter nos orchidées à des degrés divers. Toutefois, ne cédons pas à la panique. Il est généralement admis que la contamination des eaux de pluie par les micro-éléments repris ci-dessus est très faible et que ces composants, qui existent à l'état de traces dans l'eau de pluie, sont moins dangereux que les macro-éléments qui polluent l'eau des puits. D'autre part, il faudrait vraiment habiter en pleine ville ou à proximité d'industries très polluantes pour que la concentration de certains de ces micro­éléments devienne nocive. Disons que si l'eau de pluie était très nocive dans nos régions, nous en observerions les effets néfastes sur les plantes de nos jardins.

4) L'eau en bouteille.

Si on ne possède que quelques orchidées, voici une solution pratique sinon peu coûteuse. L'analyse des eaux en bouteille est indiquée sur l'étiquette.

En Belgique, notre eau de Spa Reine est parfaite pour nos orchidées. D'après les publicités, il semblerait que l'eau de Volvic soit aussi recommandée.

Conclusion

Ce tableau bien que sommaire des eaux mises à notre disposition pour l'arrosage de nos orchidées va peut-être changer quelque peu l'idée que nous nous faisons de la qualité de l'eau que nous employons. A chacun d'évaluer les risques qu'il veut bien prendre ou faire courir à ses protégées.

L'auteur tient à remercier la S.R.D.E, l'Institut Horticole de la Faculté Universitaire de Gembloux et l'Observatoire du Monde des Plantes de l'Université de Liège qui lui ont fourni les renseignements utilisés pour cet article.

Pour la Région de Bruxelles Capitale, nous invitons ceux qui peuvent nous donner des renseignements utiles à nous les communiquer.

 

A.Jenicot