Présentations des plantes des réunions

 

Comment optimiser la floraison et la disposition des fleurs pour une exposition :
les trucs du Dr Oakeley pour les Lycaste, Ida et Anguloa.

 

 

 

Vous avez sûrement déjà bavé d’admiration devant des potées surchargées de fleurs parfaitement disposées pour former une couronne régulière autour du pot, ou densément rassemblées du côté du spectateur. Comment font les cultivateurs pour éviter les inflorescences hirsutes, les masses déséquilibrées, les hampes coudées ? Ils sont experts, bien sûr, et leurs plantes sont parfois aussi survitaminées que surveillées au moment de leur initiation florale. Des amateurs peuvent rarement rivaliser avec le savoir-faire des professionnels. N’empêche, je vous livrerai ci-dessous quelques méthodes proposées par Henry Oakeley dans son récent livre consacré aux Lycaste, Ida et Anguloa (pp 393-394 ; disponible en bibliothèque).

 

La première condition est bien sûr de miser sur une plante en pleine force : grande, saine, vigoureuse. Ces plantes spécimen qui étoffent les stands des professionnels sont le fruit d’une culture exigeante sur le long terme. En ce qui nous concerne modestement, viser l’excellence, c’est d’abord tâcher de mener au mieux la maturation de nos plantes. En ne les divisant pas sans cesse, par exemple.

Des soins irréprochables ne suffisent pas toujours. Une grande plante est surtout composée d’anciens pseudobulbes qui ont fleuri, et de quelques rares nouvelles pousses qui fleuriront cette année. Premier challenge : comment augmenter la proportion de pseudobulbes florifères sans entasser plusieurs plantes dans le même pot ? (Notez que nos orchidées semblent souvent « territoriales » : elles s’accommodent rarement d’une compagne dans le même pot, même s’il s’agit d’une sœur jumelle après division et retrait des arrière-bulbes. Chaque fois que j’ai essayé de regrouper plusieurs pieds dans le même contenant, un seul survivait à moyen terme : nos plantes préfèreraient apparemment faire « pot à part »).

Un truc possible pour densifier les nouvelles pousses : vous pouvez essayer, au printemps le plus souvent, de trancher avec un couteau très aiguisé le rhizome d’une grosse touffe vigoureuse, sans la dépoter pour autant. Il s’agit même de déranger le moins possible son enracinement et sa stabilité générale. La plante est divisée à deux ou trois endroits, mais elle n’est pas dissociée ; elle garde son aspect originel.  Aux alentours de chaque coupure, un œil dormant pourra peut-être développer une pousse supplémentaire, ce qui densifiera le centre de la plante et multipliera les possibilités de floraison l’année suivante. Il faut bien sûr sectionner nettement, sans charcuter la plaie, puis écarter très légèrement chaque segment pour éviter qu’ils refusionnent plus ou moins. Veillez surtout à laisser des segments d’au moins quatre ou cinq pseudobulbes, puisque la plante divisée se trouve affaiblie. L’opération est plus facile lorsque les pseudobulbes sont un peu espacés le long du rhizome, mais elle reste de toute façon un peu risquée pour la reprise de la plante. Vous veillerez à désinfecter la plaie au soufre ou à la poussière de charbon de bois, et surveillerez de près son évolution.

 

Reste la question de la disposition des fleurs. Comment en faire un spectacle esthétique et une démonstration de savoir-faire ? Second challenge, que le Dr Oakeley nous aide à relever.

Profitez du « phototropisme » de certaines espèces comme les Lycaste et Anguloa. Leurs boutons floraux, qui démarrent à la base du pseudobulbe, ont tendance à s’orienter vers la source de lumière. Accentuez cette propension en occultant complètement la face moins exposée au soleil : un écran noir opaque (en papier, en tissu …) placé contre cette face suffit à pousser tous les boutons vers la source de lumière. Les fleurs épanouies feront donc face au public au moment de monter l’exposition. Vous vous donnerez encore plus de chances de réussir en tuteurant précocement les hampes florales selon un angle qui les écarte de 45° de la base du pseudobulbe, dans la direction choisie. Les boutons s’aligneront d’autant plus facilement dans l’axe de la hampe, donc dans la direction imposée par les tuteurs. Ce dernier procédé permet d’orienter des espèces dont la hampe est spontanément verticale, mais qui, pollinisées la nuit, ne cherchent aucune orientation par rapport au soleil et s’ouvrent « dans tous les sens »; c’est le cas des Ida, par exemple.Lorsque les boutons sont bien orientés, il est possible, si on le désire, de redresser les tuteurs à la verticale. Il faudra de toute façon les retirer pour l’exposition : question d’esthétique !

 

Trois cas particuliers, pour terminer : les Anguloa développent spontanément des hampes verticales si leur ensoleillement est optimal ; mais en cas de culture trop ombragée, les hampes cherchent la lumière ; les tuteurs seront donc utiles dans cette circonstance.

Par ailleurs, les hampes florales de Lycaste lasioglossa et de ses hybrides poussent d’abord à la verticale, puis s’inclinent à l’horizontale avant de se redresser un peu au moment de l’épanouissement ; le tout propose une image de souplesse et de grâce, mais peut produire aussi des floraisons plus ou moins denses ou échevelées tout autour du pot. Le tuteurage peut redresser les hampes à la verticale, ou au contraire les étaler régulièrement à l’horizontale, l’enjeu étant alors d’espacer harmonieusement chaque bouton – et de retirer les tuteurs à temps ! Un travail de patience, certes, mais qui produit des résultats esthétiques incontestables. Et rappelons que les tuteurs permettent de transporter une potée somptueuse sans risquer que les mouvements et les chocs abîment les floraisons.

Enfin, dernier truc de l’expert, qui vaut son pesant d’or : les feuilles des Ida et Anguloa tendent à se développer verticalement sans masquer ni ombrer les fleurs ; mais c’est ce que font hélas les Lycaste du groupe Macrophylla et les hybrides de Lycaste skinneri, avec leurs feuilles larges et arquées, particulièrement si les plantes sont trop ombragées : elles enveloppent parfois la fleur au point de la cacher. On peut remédier à ce problème en exploitant le phototropisme des feuilles elles-mêmes. La potée sera orientée de manière à ce que les anciens bulbes se trouvent du côté le plus lumineux, tandis que les futurs ou nouveaux pseudobulbes seront à l’opposé. Ils orienteront donc leur feuillage vers la lumière, le rapprochant de l’ancien feuillage, surplombant les anciens pseudobulbes et dégageant la base de la partie en croissance de la plante. A l’apparition des boutons floraux, la plante sera retournée, boutons au soleil, et les hampes florales se dirigeront à l’unisson vers la partie dégagée de la potée.

Merci, Dr Oakeley !

 

 

François.