Présentations des plantes des réunions

 

Tout savoir ou presque sur …

les hampes et les fleurs des orchidées.

 

 

 

L’orchidophile se passionne sans doute pour les singularités botaniques de ses petites protégées,
il s’ingénie à contrôler au mieux leur métabolisme, et une bonne croissance est déjà une victoire en soi.
N’empêche, le but de tous ces efforts reste avant tout d’obtenir des floraisons, spectaculaires de préférence.

Rappelons le b.a. – ba de la botanique : ce n’est pas pour nous faire plaisir qu’une plante fleurit, mais bien pour se reproduire.
La fleur est simplement un organe sexuel dont les étamines (organe mâle produisant le pollen) et
le pistil (organe femelle qui portera les graines fécondées) sont les pièces essentielles.
Le reste n’est qu’un accessoire cosmétique facultatif : les sépales sont d’abord une enveloppe protectrice,
qui participe parfois au rôle d’« enseignes lumineuses » des pétales.
Chacune des pièces florales peut se retrouver atrophiée ou hypertrophiée selon les espèces et leurs besoins propres. 

 

La première marque de fabrique des orchidées, qui permet de les reconnaître du premier coup d’œil,
est qu’elles ne laissent apparaître ni pistil ni étamines.
Ces deux pièces sexuelles, bien visibles chez les autres plantes à fleurs,
et parfois spectaculaires comme chez les Amaryllis, sont modifiées chez les orchidées :
elles sont rassemblées en un organe unique, la colonne (ou gynostème), et fonctionnent selon des modalités
que vous pourrez relire dans tous les ouvrages généralistes ou spécialisés. Nous ne nous y étendrons pas.

 

 

La seconde caractéristique des fleurs d’orchidées est leur structure symétrique.
Elles ont hérité de leur parenté avec les Liliacées une pièce florale composée de 3 sépales (le calice) et trois pétales (la corolle),
soit 6 « tépales » formant un périanthe, selon le jargon officiel.
Ces 6 pièces sont disposées selon un schéma unique que vous retrouverez aussi dans toute la littérature.
Les sépales, enveloppe extérieure, indiquent en gros minuit, 5h et 7h sur un cadran d’horloge. Les pétales sont positionnés sur 10h, 2h et 6 h.

 

Leurs formes symétriques leur donnent une disposition en miroir : les deux sépales inférieurs disposés en vis-à-vis sont semblables,
de même pour les deux pétales supérieurs.Le sépale supérieur (le « pavillon » des Sabots de Vénus) a sa forme propre ;
le pétale inférieur (le labelle, dont nous reparlerons) est toujours très individualisé et complexe.
La verticale parfaite est donc le seul axe selon lequel couper une fleur en deux parties égales,
et les deux parties sont l’exact reflet l’une de l’autre.

 

 

 

 

 

 

En règle générale, et si elle peut s’ouvrir sans contraintes, la fleur tend à se positionner spontanément à la perpendiculaire du sol,

aussi bien de face que de profil (elle s’alignerait sur un fil à plomb). 

 

Au-delà de ces deux caractéristiques fondamentales, les floraisons peuvent se présenter sous des formes extraordinairement diverses.
Port de la hampe, nombre de fleurs, forme des fleurs, éclosion successive, durabilité … 

Notons qu’en termes de descriptions botaniques, la littérature accessible aux amateurs est souvent très approximative et pleine de contradictions.

J’ai tâché de minimiser les à-peu-près, mais un puriste trouvera certainement à redire.
Ce qui est rassurant pour l’amateur, c’est que les spécialistes se contredisent également entre eux …

Parcourons donc les hampes des pieds à la tête, en risquant d’abord quelques précisions lexicales.
Et en gardant à l’esprit qu’il faut bien décrire avant d’interpréter.

 

Les organes qui portent les fleurs : 

hampe, panicule, pédoncule et pédicelle.

 

La hampe est la tige florale au sens courant du terme.
Elle peut être basale (elle prend naissance à la base du pseudobulbe), apicale (à son sommet), ou axillaire (à un internoeud ;
c’est le cas chez les espèces monopodiales et chez de nombreux Dendrobium bambusiformes).
Elle est peut être unique (une hampe par pseudobulbe) ou multiple (de nombreux Oncidiineae produisent

simultanément deux hampes, une de chaque côté du pseudobulbe).
De nombreuses espèces terrestres ne produisent aussi qu’une hampe par pousse annuelle (Paphiopedilum, Habenaria, …).

Cette hampe est parfois parsemée de divers yeux qui pourront la ramifier en différents pédoncules.
Le prototype d’orchidée à hampe est le Phalaenopsis

 

Les hampes sont parfois longues et érigées, pour dépasser de la végétation environnante, alors que la plante reste tapie au sol,
à l’ombre relative ; c’est le cas de nombreuses espèces terrestres dans les prairies très ensoleillées,

ou sur des rochers recouverts de végétation basse.
Les pollinisateurs volants n’ont pas à chercher les inflorescences, et la plante reste à l’abri de la végétation environnante. 

Le fait qu’une épiphyte produise aussi des hampes étonnamment longues suggère que l’espèce  vit directement sous la canopée,

et projette sa hampe par-delà le feuillage ; ou bien qu’il ne s’agit pas d’une espèce forestière, mais d’une habitante des savanes arborées :

du cœur de l’arbre isolé, la plante maximise ainsi la visibilité de sa floraison.
C’est sans doute pour cela – entre autres raisons – que les Schomburgkia (ou Myrmecophyla) produisent des hampes

nettement plus longues que leurs proches cousines Laelia.

Et le fait que les fleurs soient largement espacées représente sans doute un  bénéfice supplémentaire,

par exemple pour les Cyrtochilum  dont les hampes de plus de deux mètres sont parsemées de fleurs à intervalle nettement distant.
Quoi qu’il en soit, la difficulté de transporter ces plantes fleuries représente toujours un challenge pour l’amateur qui veut en faire profiter les visiteurs d’une exposition.
Un plaisir rare, à apprécier à sa juste valeur !

Au contraire, les hampes peuvent être très courtes ; chez de nombreuses Maxillaria, par exemple, elles dépassent à peine du feuillage,
voire s’y tiennent  au plus près du pseudobulbe. On peut supposer qu’elles y restent ainsi protégées des intempéries,
ou qu’elles ne comptent que sur des pollinisateurs rampants ou volant à ras du feuillage, dans des sous-bois denses.

 

Quelle que soit leur taille, les hampes peuvent être érigées, arquées ou pendantes.
Les hampes érigées (de nombreux Cymbidium, Schomburgkia, Laelia … ) gagnent à être tuteurées
lorsque leur poids risque de les incliner malencontreusement : une fois penchées, elles prennent trop de place,
elles perdent en esthétique si l’axe de la resupination est modifié trop tard, et risquent simplement de casser à la base.
Les Cymbidium hybrides fertilisés trop longtemps à l’azote produisent ainsi des hampes fragiles, à la fois trop longues,
trop chargées de fleurs, et trop peu résistantes. 

Les hampes arquées, moins rigides par nature, commencent généralement par s’ériger à la verticale,
puis  l’alourdissement progressif des boutons les courbe et lui confère une arcure plus ou moins prononcée.
De nombreuses Oncidiineae, les Phalaenopsis sont très esthétiques s’ils peuvent conserver ce port naturel.
On pourra donc éventuellement les tuteurer à la base, mais pas sur toute leur longueur. 

Dans la nature, ce port permet à la hampe d’osciller légèrement en tous sens et de résister plus efficacement aux bourrasques.
En outre, chez certains Oncidium jaunes et bruns, l’inflorescence qui frémit au vent donne aux guêpes l’illusion
qu’un autre essaim circule sur leur territoire, ce qui provoque un réflexe d’agression :
les guêpes attaquent leurs supposées concurrentes, et c’est en s’acharnant sur les fleurs qu’elles remplissent leur rôle de pollinisatrices.

Les hampes véritablement pendantes tendent à démarrer en oblique de la base des pseudobulbes (ou des internoeuds des Dendrobium),
puis s’orientent rapidement vers le bas. C’est le cas des Acineta et de nombreuses Coelogyne, entre autres.  

Quelques genres illustrent même le fameux « géotropisme positif », qui amène la hampe à s’orienter dès sa base vers le sol,
et donc à traverser le pot de haut en bas.
Les Coryanthes et les Stanhopea sont les prototypes de ces plantes à cultiver impérativement dans des cagettes dont la base devra être ajourée.

Les Gongora sont à mi-chemin entre le géotropisme positif et la hampe basale pendante ;
certaines de leurs hampes n’émergent qu’à mi-hauteur de leur masse racinaire, parfois sous la surface du substrat.

La hampe est généralement de section ronde, mais on note quelques exceptions : Osmoglossum pulchellum présente une hampe aplatie,
toujours souple et retombante ; quant à Masdevallia tovarensis, sa section est triangulaire, donc anguleuse.

De nombreuses espèces ne développent pas de hampe à proprement parler ; un court pédoncule, ramifié ou non,
part du pseudobulbe et porte un petit nombre de pédicelles, donc de boutons floraux.
C’est le cas de nombreuses Laeliineae comme les Cattleya.
Les espèces à pseudobulbes allongés et annelés peuvent aussi se passer de hampes.
De nombreux Dendrobium du type nobile développent directement leur court pédoncule sur les yeux présents aux internoeuds. 

 

Le panicule est une ramification qui se développe à partir d’un œil de la hampe ou
d’un internoeud du pseudobulbe (chez les Dendrobium bambusiformes, par exemple).
La hampe des Oncidium, qui peut dépasser 2 mètres et compter plus de 200 fleurs,
se subdivise généralement en de nombreux embranchements, c’est-à-dire de nombreux panicules ;
c’est aussi le cas de nombreux Phalaenopsis

La question est classique : « La tige de mon Phalaenopsis est fanée.
Où dois-je la couper pour qu’elle refleurisse ?
» Réponse classique : « raccourcissez-la jusqu’au troisième nœud. » (ou deuxième, ou quatrième … )
Peu importe : le principe est que chaque nœud ne porte qu’un œil, et que chaque œil ne produit qu’une fois.
Soit des boutons floraux, soit des panicules. L’œil d’une fleur fanée ne produira plus jamais rien ; tout œil encore « inemployé »,
qu’il s’agisse du deuxième, troisième, ou quatrième sur la hampe, pourra développer un nouveau panicule.
Coupez donc un centimètre au-dessus de n’importe quel œil dormant, et la plante vous offrira (peut-être) un nouveau panicule florifère.
La hampe ne devra être supprimée à la base que lorsqu’elle aura véritablement séché.
Regrettons bien sûr que seuls les Phalaenopsis se prêtent à ce petit jeu des floraisons à répétition :
chez les autres espèces, une hampe fanée est définitivement hors d’usage et peut être immédiatement coupée à la base.

Dans certains cas, l’œil peut aussi servir à une reproduction végétative de la plante,
en produisant une petite pousse au lieu d’une ramification (Phalaenopsis) ou d’une fleur (Dendrobium).
Ce sont les fameux keikis. Les embryons de boutons floraux tendent à évoluer naturellement vers le keiki en cas de stress de la plante :
un Phalaenopsis exposé au froid, des Dendrobium à feuilles caduques arrosés trop tôt au printemps accélèrent
leur processus de reproduction en produisant directement de jeunes plantules,
sans investir leur énergie défaillante dans la production aléatoire de fleurs et de graines.
On peut essayer (sans garantie) de favoriser le développement de keikis chez les Phalaenopsis
en coupant la hampe florale chargée de boutons juste avant son épanouissement ;
il suffit de couper au-dessus d’un œil dormant en contrebas des boutons, comme on le fait après fanaison.
On y perd une floraison, mais on augmente les chances de reproduire une plante à laquelle on tiendrait particulièrement.
Une fois le keiki développé, il faut attendre que ses racines atteignent quelques centimètres,
puis il suffit de le sevrer de la plante mère et de le rempoter individuellement, au printemps de préférence.

 

Pédoncule ou pédicelle ?

 

Le pédoncule est la petite portion de tige (après ramification ou pas) qui porte directement les fleurs puis les fruits ;
c’est équivalent du pétiole pour la feuille.
Une feuille, une fleur ou un fruit est dit « sessile » quand il est attaché directement à la tige sans pétiole ou pédoncule.
Nos orchidées peuvent présenter des feuilles et des fleurs sessiles.

 

Subtilité essentielle : chez nos orchidées, ce qui ressemble tant à un pédoncule est en réalité un pédicelle.
Cette portion de tige semble porter la fleur comme un simple pédoncule, mais il s’agit en fait de l’ovaire de la fleur,
où se développeront les graines après la pollinisation et la fanaison.  Il porte toujours un bouton unique.
Un critère simple à retenir : le pédicelle tombe avec la fleur fanée si elle n’a pas été pollinisée ;
ou bien il avorte avec le bouton en formation si la plante a subi un coup de froid ou tout autre accident de culture.
Au contraire, la hampe (subdivisée en panicules ou pas) et le pédoncule sont les pièces florales qui restent attachées à la plante quand elle est fanée. 

Une petite singularité : les fleurs de l’Osmoglossum pulchellum ne fanent pas comme les autres :
au lieu de se friper et de sécher progressivement avant de tomber, elles se détachent encore intactes de la hampe florale ;
c’est leur pédicelle qui cède au moindre mouvement, bien avant que la fleur elle-même donne les premiers signes de fatigue.

Le pédicelle porte chaque fois un bouton floral unique. Il est cannelé en longueur, et  torsadé par la resupination.
Ce phénomène particulier se vérifie chez la grande majorité des orchidées :
le bouton floral naît et se développe avec le labelle en position supérieure ;
juste avant l’épanouissement, le pédicelle subit une torsion à 180 ° qui retourne la fleur.
Le labelle, désormais en position inférieure, peut jouer son rôle de « piste d’atterrissage » pour les insectes pollinisateurs.
Quelques genres ne connaissent pas ce phénomène : les Anacheilium, les Polystachya, les Dockrillia,
certains Angraecum (Angraecum eburneum en particulier), etc.
Si vous souhaitez tuteurer la hampe pour la redresser, ou au contraire la courber, pensez à intervenir bien avant la maturation des boutons.
En modifiant l’axe du pédoncule au moment de l’épanouissement (ou pire, après),
vous désaxeriez les fleurs, qui y perdraient  définitivement leur symétrie verticale et une bonne part de leur esthétique.

Le pédicelle tombe avec la fleur fanée, sauf si elle a été pollinisée.
Dans ce cas, il jouera son rôle d’ovaire, où les graines mettront de longs mois à  mûrir.
Le pédicelle le plus rentable à cultiver est la célèbre « gousse » de vanille !
Plutôt qu’une gousse, les orchidées produisent en réalité des capsules déhiscentes :
la coque du fruit s’entrouvre à maturité et laisse échapper peu à peu les graines, comme une salière.
C’est aussi le principe des capsules de pavot.

 

La base du pédicelle est souvent associée à une cataphylle, une petite pièce végétale de protection,
qui subsiste aussi sur la tige quand la fleur est tombée.

Cette cataphylle est parfois assez visible pour participer à l’esthétique de la hampe,
comme chez certaines Coelogyne, mais elle est souvent discrète. 

Outre les « feuilles » qui enveloppent latéralement la base des pseudobulbes (fausses feuilles
très développées chez les Oncidiineae),la cataphylle la plus connue est la spathe qui engaine les boutons des Cattleya, à l’apex du pseudobulbe.
Seuls Cattleya walkeriana et ses hybrides en sont dépourvus. 

Cette enveloppe de protection mérite une attention particulière.
D’abord, les parasites y cherchent couramment refuge ; commencez toujours vos investigations par là.
Ensuite, l’humidité peut s’y introduire et faire pourrir les boutons.
Mais il faut bien décrypter les décolorations de la spathe avant d’intervenir.
Certaines espèces fleurissent dès la maturation de la pousse, en fin d’automne, quand la spathe est encore verte ;
mais d’autres attendent le printemps, et s’épanouissent après que la spathe a eu le temps de sécher.
Le brunissement progressif des « spathes printanières » est donc naturel et ne doit pas trop inquiéter.
Mais chez les « spathes automnales », un jaunissement précoce est plutôt un signal d’alerte.
 En cas de doute, il vaut mieux précautionneusement ouvrir la spathe pour l’aérer, ou même l’enlever complètement. 

 

Terminons ce paragraphe consacré aux pièces annexes en signalant que les orchidées ne présentent pas de bractées
au sens propre du terme, puisqu’une bractée est une feuille modifiée, qui renforce essentiellement le rôle d’attraction des pétales ;
la Bougainvillée, par exemple, pourvue de fleurs minuscules, doit tout son attrait à ses grandes bractées colorées.
Mais chez les orchidées, on confond couramment bractées et cataphylles florales.

 

 

La fleur proprement dite.

 

Comme nous l’avons vu en introduction, la fleur est composée de trois pièces externes,
les sépales (dont le sépale dorsal est appelé « pavillon » chez les Paphiopedilum),
et de trois pièces internes, les pétales.
Le labelle, pétale supérieur dans le bouton, est généralement resupiné et apparaît donc en position inférieure une fois la fleur ouverte.

Le labelle est toujours très différent des deux autres pétales, qui sont identiques et disposés en miroir ;
c’est la pièce florale la plus attractive pour notre œil,
et pour le pollinisateur qui voit dans sa forme et ses couleurs une piste d’atterrissage spécifique vers le cœur de la fleur.

Au centre, le gynostème ou colonne, est une structure charnue qui fusionne
les organes mâles (les anthères, qui portent les sacs polliniques) et femelles (le stigmate) ; il est discret ou voyant selon les espèces.

L’éperon est un appendice facultatif ; il est présent chez une grosse minorité de genres (surtout africains)
qui récompensent l’insecte par quelques gouttes de nectar déposé à son extrémité ; souvent, chez les espèces terrestres européennes (Orchis …),
ce n’est qu’un leurre : le garde-manger est vide, mais comme l’insecte n’apprend pas vite …
La longueur de l’éperon est évidemment proportionnelle à la langue de l’insecte ; c’est le moment de rappeler l’inévitable anecdote de l’Angraecum sesquipedale,
dont l’éperon de plus de 20 centimètres avait fait affirmer à Darwin que son pollinisateur (encore inconnu à l’époque) devait posséder une trompe de même longueur.
Ce qui s’est confirmé bien longtemps après la mort du grand naturaliste, copieusement moqué entretemps par ses détracteurs.

 

Sur base de la structure « anatomique » typique des orchidacées, rappelée au début de ce texte, la nature a créé des variétés infinies de corolles :
« morphologie » des pétales et des sépales, disposition, colorations …
Sur base de son simple nom, la fleur d’une orchidée est parfaitement imprévisible.
Les termes de « graminée » ou de « cactée » évoquent des images universellement partagées,
et chaque espèce de « graminée » ou de « cactée » correspondra à l’image spontanée qui y est associée.
Mais le terme d’« orchidée » pourra correspondre aussi bien aux pétales torsadés des Dendrobium « antilopes »,
aux fleurs tubulaires des Masdevallia, au labelle effiloché des Habenaria, aux sépales plus ou moins fusionnés des Paphiopedilum et des Restrepia, pour ne citer que des classiques.

En effet, certaines espèces ont fait évoluer le schéma classique des six pièces florales symétriquement disposées : les deux sépales inférieurs sont fusionnés en un « synsépale » chez les Restrepia et les Cypripedioideae.  Parmi les Pleurothallinideae, les Masdevallia et Dracula fusionnent leurs trois sépales en un cornet tubulaire plus ou moins évasé, qui rend la structure d’origine peu reconnaissable ; et les Zootrophion se contentent d’un épanouissement très partiel : le bouton s’entrouvre longitudinalement, sans dissocier l’extrémité des six pièces florales : l’accès pour les pollinisateurs se limite à deux fentes latérales. Moins excentriques, les Anguloa dissocient chaque pièce florale, mais ne s’ouvrent qu’à moitié ; leur fleur arrondie ressemble à un œuf à la coque.

L’épanouissement de la corolle est donc variable. Chez la plupart des espèces, les fleurs (presque toujours resupinées) s’ouvrent à la perpendiculaire du sol. Certaines orientent leurs corolles vers le sol, à la fois par adaptation à leur pollinisateur, et pour éviter que la pluie abîme prématurément les organes reproducteurs. D’autres, tout au contraire, « regardent » vers le ciel, par indifférence à la pluie, ou pour en profiter justement. Une espèce asiatique (dont le nom m’échappe !) compte ainsi sur la violence de la mousson pour autoféconder les fleurs qui auraient échappé aux pollinisateurs normaux. 

Les structures des fleurs composent parfois des ensembles extrêmement complexes : les labelles en sabots des Cypripedioidées, les urnes des Coryanthes imposent aux insectes piégés des reptations d’une pièce florale à l’autre pour parvenir à la sortie, parcours obligés qui garantiront la pollinisation. Au contraire, les moustaches longilignes du Phragmipedium caudatum, qui poussent jusqu’à toucher le sol, offrent aux fourmis un itinéraire raccourci et direct vers le gynostème. 

Quelques espèces ont la particularité de ne pas être dioïques, c’est-à-dire de ne pas rassembler les organes mâles et femelles sur la même fleur. Cet hermaphroditisme est la norme habituelle dans le monde végétal ; les exceptions les plus connues dans nos jardins sont les Callicarpa et autres Houx, dont les pieds femelles ne produiront des fruits que si un pied mâle pousse à proximité. Chez les orchidées aussi, quelques rares espèces sont dites monoïques : les Catasetineae  (Catasetum, Cycnoches, Mormodes …) présentent des fleurs sexuellement différenciées. Avec une particularité : ce n’est pas le pied qui est par nature et définitivement mâle ou femelle ; ce sont les inflorescences qui, sur un même pied, peuvent être garnies de fleurs tantôt mâles, tantôt femelles, et parfois les deux en même temps. Une horreur pour les premiers botanistes qui ont cherché à les décrire et à les identifier !

Rappelons pour mémoire que les fleurs sont sujettes à diverses malformations, parfois déterminées par des accidents génétiques ou par de simples déséquilibres de culture. Les fleurs dites « péloriques » présentent ainsi certaines pièces surdimentionnées, disproportionnées, ou dupliquées. Des malformations qui connaissent d’ailleurs un relatif succès horticole : les Phalaenopsis à trois labelles concentriques trouvent des amateurs, donc des producteurs …

Disproportions à ne pas confondre avec les phénomènes de diploïdie, tetraploïdie etc, dont nous avons parlé dans le numéro précédent (décembre 2014).

 

Le nombre de fleurs varie évidemment en fonction de l’espèce (et de la qualité de la culture !). Un passage en revue de tous les cas de figure possibles serait inutilement long. Signalons seulement que certaines espèces sont uniflores en ce sens que chaque pousse annuelle ne produit qu’une fleur unique, au bout d’un pédoncule unique, une seule fois dans sa vie. C’est le cas des Paphiopedilum (sauf ceux du sous-genre Polyantha, justement) et de quelques autres espèces terrestres. Les floraisons se suivent d’année en année, toujours parcimonieuses, et il faut un pied âgé et vigoureux, composé de nombreuses pousses simultanées, pour obtenir une potée richement fleurie.

Beaucoup d’espèces sont uniflores en un sens plus restreint : chaque pédoncule, sans ramification, ne porte effectivement qu’une fleur solitaire. Mais chaque pseudobulbe peut produire de grandes quantités de pédoncules simultanés ou successifs. C’est ainsi que des potées de Lycaste, Anguloa, Jumellea, Masdevallia et bien d’autres peuvent présenter des masses exubérantes de multiples fleurs solitaires. 

Lorsque la plante produit des hampes multiflores, qu’elles soient ramifiées ou non, les inflorescences se présentent essentiellement en épi (Phalaenopsis, Epidendrum, Orchis …) ou en grappes (Oncidium). 

 

Durabilité et succession des fleurs.

 

Nous le déplorons tous : certaines floraisons sont de très courte durée. Les splendides hampes pendantes des Stanhopea fanent après trois à quatre jours seulement, et bien des espèces sont aussi frustrantes (le record : la floraison de Dendrobium appendicula ne durerait  paraît-il que cinq minutes !). A l’opposé, certains Rhynchostele, Phalaenopsis, Oncidium, Dendrobium, etc (surtout les hybrides), dans de bonnes conditions de chaleur et d’humidité, peuvent rester en fleurs plusieurs mois sans interruption. La moyenne de la plupart des espèces botaniques couramment cultivées tourne autour de trois semaines.

Quelquefois heureusement, des fleurs très éphémères (Sobralia, Vanilla et autres) se succèdent de jour en jour, chaque bouton s’épanouissant au fur et à mesure des fanaisons précédentes ; l’ensemble des boutons de l’inflorescence assure ainsi une floraison de quelques semaines au total. Enfin, quelques genres font se succéder plusieurs floraisons déjà longues, en produisant de nouveaux boutons à intervalle régulier, au fur et à mesure des fanaisons : une seule hampe peut ainsi porter de nombreuses fleurs successives : les Phragmipedium, quelques Paphiopedilum, les Scaphosepalum, les Epidendrum bambusiformes (ibaguense, secundum …) prolongent leur hampe durant de longs mois. A noter que Masdevallia tovarensis est la seule du genre à pouvoir renouveler ses boutons sur une même tige ; c’est aussi la seule à porter deux fleurs adossées par tige.

 

Les couleurs.

 

Inutile de détailler : on trouve toutes les couleurs de l’arc en ciel chez les orchidées, avec tous les assemblages de nuances possibles sur une même fleur, et toutes les formes possibles de dessins colorés. Le labelle, caractérisé par sa forme, se singularise aussi par ses couleurs spécifiques. 

Le noir, naturellement présent à petites touches sur le labelle de quelques Coelogyne, est la coloration la plus rare. Les hybrideurs y travaillent donc assidument en intensifiant le pourpre foncé de quelques espèces, et quelques Paphiopedilum se rapprochent de plus en plus du noir uni.  

D’autre part, les couleurs se répartissent de façon inégale selon les genres. Il a fallu attendre la découverte  du Phragmipedium besseae en 1981, pour que le rouge orangé vif fasse une entrée fracassante dans un genre jusqu’alors  voué au verdâtre-jaunâtre ; et l’exceptionnel  Phragmipedium kovachii, découvert et pillé il y a une dizaine d’années seulement,  a encore bouleversé la palette des sabots en y intégrant son violet soutenu et ses énormes formes arrondies. De même, le bleu des Vanda, si courant chez les hybrides qu’il paraît normal pour le genre, est en fait dû presque uniquement à Vanda coerulea, seule espèce véritablement bleue du genre. Et le vrai rouge ainsi que le vrai bleu ont toujours manqué aux Phalaenopsis, pourtant représentés par des hybrides multicolores. Les hybrideurs touchent au but, avec des rouges de plus en plus crédibles. Quant aux bleus, trop lents à venir par croisements successifs, ils viennent d’être créés « brutalement » en 2013 par des biologistes japonais : des gènes prélevés chez Commelina communis, une petite graminée bleue, ont inauguré la première orchidée OGM de l’Histoire. De quoi déclasser définitivement les pitoyables colorations au bleu de méthylène …

 

Les parfums.

 

Comme pour les couleurs, les orchidées sont très diversement parfumées. Les unes sont inodores (elles sont pollinisées par des oiseaux, qui n’ont pas d’odorat), les autres émettent des parfums plus ou moins intenses, de tous types (des plus suaves aux plus infects pour notre nez humain), adaptés à leur insecte attitré.

 

Toutes ces caractéristiques correspondent à des stratégies inconscientes, mises en place au fil du temps par la co-évolution. Rappelons-le : la floraison poursuit un seul et unique objectif : la reproduction.

Les plantes « anémophiles » (pollinisées par le vent, comme les nombreux arbres ou graminées qui dispersent leur pollen dans l’atmosphère) n’ont aucun besoin de se faire belles ; elles n’ont aucun insecte à séduire, et peuvent se passer de pétales développés, de couleurs et de parfums. Mais dès qu’un animal est impliqué, la plante doit s’ingénier à le mobiliser. 

Comme une grande surface commerciale, elle devra l’attirer par ses couleurs et son parfum ; elle devra le faire circuler d’une plante à l’autre, pour éviter l’autopollinisation ; elle devra le fidéliser, pour qu’une même fleur reçoive des pollinies de son espèce après avoir donné les siennes ; elle devra pour cela le récompenser, avec du nectar ou du parfum ; quelquefois, elle l’escroquera, en imitant simplement une autre plante nectarifère, ou en proposant un simulacre sexuel. Et parfois même, elle se fera braquer par des perceurs de coffre-fort, qui attaquent directement le fond de l’éperon nectarifère sans participer à la fécondation. Toutes ces stratégies ont atteint chez les orchidées un degré de raffinement et de complexité inégalé dans le monde végétal. 

Pour en savoir plus sur ces stratégies de pollinisation, consultez la littérature généraliste ou spécialisée qui vous dira tout sur les poupées gonflables des Ophrys, le fair play des Angraecoïdes nectarifères, les arnaques des Epidendrum radicans, les provocations guerrières des Oncidium, les bains de parfum des Coryanthes, les catapultages des Catasetum … Vous n’en finirez pas de vous étonner.

 

Proposons simplement quelques interprétations générales. En tout état de cause, les couleurs vives sont plus efficaces pour attirer les oiseaux, des colibris essentiellement, parfois d’autres petits passereaux. Les parfums sont plutôt destinés aux insectes, mouches, guêpes, abeilles, papillons, coléoptères divers, fourmis …

Rappelons une première tendance de la coévolution, liée à l’altitude : en climat montagneux, trop froid, trop humide ou trop venteux pour des insectes, les plantes ont évolué avec des oiseaux, qui n’ont pas d’odorat mais perçoivent les coloris : elles développent peu de parfums, mais plutôt des couleurs vives. En climat plus hospitalier pour les insectes, en moyenne montagne et en plaine, elles peuvent négliger les couleurs, et investir davantage dans les signaux olfactifs.

L’intensité et la périodicité des parfums sont également adaptées à la densité et au biorythme de l’insecte. Les fragrances pourront se permettre d’être discrètes s’il est abondant, mais seront puissantes s’il est rare et doit être attiré de loin. De même, la plante enverra ses signaux olfactifs aux moments de l’année où les pollinisateurs sont les plus actifs : sous les tropiques, les floraisons surviennent plutôt au début des saisons sèches, c’est-à-dire après la période de pleine croissance, et quand les insectes peuvent redoubler d’activité. La plante s’adaptera bien sûr à leur activité diurne ou nocturne. Les Angraecoïdes africaines, par exemple, sont souvent pollinisées par des insectes nocturnes ; elles n’émettent leur parfum que la nuit, et leur couleur blanche les rend plus facilement repérables dans l’obscurité.

La durée de la floraison (coûteuse en énergie) est aussi liée à la probabilité d’être pollinisée, donc à la densité de la plante et de son pollinisateur. La floraison pourra être brève si la plante est présente en grand nombre sur un petit territoire, surtout si ses pollinisateurs sont également nombreux. Pour ces plantes poussant en colonies, la probabilité est grande de partager les mêmes butineurs à intervalle rapproché. Optimisation des chances également lorsque la plante, même clairsemée, émet un parfum puissant qui draine vers elle les insectes attendus. C’est la stratégie des Stanhopea, extrêmement odorantes et éphémères, et surtout des Coryanthes dont la densité peut être très faible (on n’en recenserait qu’un seul pied au kilomètre carré).  Au contraire, la plante aura tendance à prolonger sa floraison si elle ne peut compter ni sur son parfum ni sur la densité des pollinisateurs pour être butinée à coup sûr.

Quelle que soit sa stratégie d’attraction, une fois pollinisée, la fleur est devenue inutile ; elle fane rapidement, et la plante peut réinvestir son énergie dans la formation des semences. 

 

La mise à fleur ou induction (ou initiation) florale.

 

Les plantes mobiliseront leur énergie pour fleurir en fonction de facteurs variables ; les unes initient leur hampe juste après la croissance, au terme de la saison chaude et humide ; les autres, au terme de la saison fraîche et sèche, juste à la fin du repos végétatif. Quelquefois, c’est la durée de l’ensoleillement qui est déterminante, plus que les variations de températures et d’humidité. 

La plante produira donc une ou plusieurs inflorescences à un moment déterminé de l’année, parfois indifféremment à différentes saisons. Mais toujours en puisant dans l’énergie des pseudobulbes mûrs. La qualité de la floraison dépendra donc de la maturation de la plante, et donc en culture, de la qualité des soins de l’année entière. Les sympodiales à floraison printanière mettent leurs réserves à rude épreuve, en synchronisant la production de la hampe florale et la formation du nouveau pseudobulbe (Lycaste, Zygopetalum) ; beaucoup d’autres exploitent l’énergie encore fraîche du pseudobulbe dès qu’il a fini sa maturation, en automne – hiver ; enfin, certaines espèces (dont plusieurs Cattleya) constituent leur hampe en automne, mais laissent mûrir les boutons tout l’hiver, pour ne s’épanouir qu’au printemps.

La maturation des hampes et des boutons peut donc être fort lente ; mais chez quelques espèces, l’initiation florale et l’épanouissement des boutons se succèdent très rapidement : Epidendrum parkinsonianum, par exemple, peut passer en deux semaines de la « plante verte » sans promesses à la merveille tropicale en fleurs. 

Quelques facteurs bien connus peuvent inhiber l’initiation florale : des engrais trop azotés en fin de croissance ; le manque de lumière ou des températures nocturnes trop élevées en période de croissance et de maturation des pseudobulbes … Ce sont souvent des erreurs de culture commises des mois plus tôt qui nous privent de nos floraisons. Une des rares erreurs que nous pouvons éviter « en direct » est l’éclairage artificiel des Laeliineae : les Cattleya surtout ont besoin de jours courts pour produire leur hampe ; un éclairage nocturne à la mauvaise saison pourra contrarier leurs efforts.

 

En règle générale, chaque pseudobulbe des espèces sympodiales ne fleurit qu’une fois, à l’exception notable de certains Dendrobium dont les anciennes cannes peuvent se couvrir de fleurs plusieurs années de suite. Quant aux monopodiales, chaque internoeud est susceptible de produire des hampes successives. C’est ainsi que les Phalaenopsis peuvent rester couverts de fleurs des années durant. 

Dans des conditions naturelles, une orchidée épiphyte doit atteindre un certain âge (de trois à dix ans selon les espèces) avant de se reproduire. Les plantes industrielles comme les Phalaenopsis hybrides, dopées et forcées, sont maintenant amenées à floraison en moins d’un an ; elles en sortent totalement épuisées, et auront besoin d’un bon délai de rétablissement avant de refleurir à nouveau. Un an pour retrouver un équilibre biologique n’est pas de trop. Patience, donc.

 

 

François Lejeune.