Présentations des plantes des réunions

 

 

Tout savoir ou presque sur …

la tige et les pseudobulbes des orchidées.

 

 

 

Les orchidées ont une croissance végétative lente et limitée ; par rapport aux autres végétaux, elles ne produisent que peu de feuilles. Plantes herbacées, elles ne produisent pas de matière ligneuse et n’évoluent pas vers des formes arbustives. Leur végétation se ramène à une tige peu ou pas ramifiée, où prennent naissance les feuilles successives, avec ou sans formation de pseudobulbes.

 

Les plantes acaules, « sans tige ».

Comme de nombreux autres végétaux, les Cypripedioïdeae (Paphiopedilum, Phragmipedium, Cypripedium, Selenipedium, Mexipedium)  sont purement et simplement « acaules », c’est-à-dire « sans tige » ou « pourvus d’une tige minuscule et imperceptible ». Les jeunes pousses démarrent chaque année de la base du collet, directement à côté du pied mère ; les feuilles se développent en une rosette basale qui enserre l’inflorescence. 

Plusieurs autres genres terrestres à feuillage persistant connaissent cette croissance en rosette autour de l’inflorescence, dont les Disa. Mais celles-ci développent des racines tubéreuses, qui émettent pour se reproduire des ramifications souterraines un peu analogues à des stolons. Nous ne nous étendrons pas sur ces cas particuliers, ni sur les espèces terrestres à feuillage caduc que l’on trouve sous nos latitudes.

 

Les plantes monopodiales : jamais de pseudobulbes.

Ces espèces, toujours épiphytes donc toujours tropicales, présentent une tige dressée unique, à croissance verticale continue, équivalente au tronc des plantes ligneuses : le sommet de la tige progresse à chaque saison de pousse, sans laisser de séparation visible entre chaque cycle de croissance annuelle. Les feuilles s’implantent en alternance, de part et d’autre de la tige. Au fil des années, les feuilles et les racines inférieures disparaissent, ce qui maintient les dimensions globales de la plante.

Les fleurs apparaissent le plus souvent à l’aisselle des feuilles, tout au long de la tige. Chaque nœud ne produit de fleurs qu’une seule fois.  

 

La tige peut être atrophiée (Phalaenopsis ) ou très allongée (certaines Vanda dépassent les deux mètres, racines non comprises …) ; elle peut même devenir lianescente, longue et souple, comme dans le cas de la Vanille (une vingtaine de mètres chez certaines espèces). 

Cette tige est généralement unique, mais elle peut se ramifier : quelques embranchements secondaires, des rejets à la base (outre des keikis) permettent à la plante de s’étoffer en largeur.

Ces espèces, toujours épiphytes, développent des racines aériennes espacées tout au long de la tige, mais plus concentrées dans sa partie inférieure.  Il est facile de rajeunir une plante dégarnie dans le bas, ou de diviser une plante bien développée : il suffit de couper la tige, en veillant à laisser un bon stock de racines sur ses deux tronçons. 

Une partie basse dégarnie et étêtée pourra toujours se régénérer en transformant un bourgeon dormant en pousse latérale : laissez-lui toujours une chance de se refaire une santé ! Même un Phalaenopis peut redémarrer après avoir perdu toutes ses feuilles ; il suffit de réveiller les yeux dormants en coupant le sommet de la tige.

 

Leur milieu naturel est constamment humide ; ces plantes qui ignorent la sécheresse n’ont donc pas de repos marqué. D’où deux conséquences : d’abord, leur croissance est quasi continue. Seul l’abaissement des températures et de la luminosité ralentissent un peu leur métabolisme. Ensuite, sans période de repos marqué, elles n’ont pas besoin d’organes de réserve, et donc ne développent jamais de pseudobulbes : elles concentrent leurs petits stocks nutritifs dans leurs feuilles, qui sont généralement charnues.

 

Une spécificité à noter : les racines des petites plantes monopodiales (et des espèces sympodiales) prennent immédiatement appui sur le support de la plante et s’y insèrent  étroitement ; au contraire, les racines des grandes espèces monopodiales partent en l’air à la recherche d’un éventuel support, et sont plus habituées à une vie purement aérienne. Notamment, elles sèchent beaucoup plus vite. Il s’agira donc de respecter des exigences assez strictes pour éviter desséchement et pourriture. D’abord, les arrosages par pulvérisation et brumisation tout le long de la tige seront très réguliers, quasi quotidiens en été, sous peine de dessèchement rapide. Ensuite, seules des plantes de dimension réduite (Phalaenopsis, petites Vanda, Holcoglossum …) gagneront à être empotées, et cela dans un substrat très aéré : drainage et ventilation des racines devront être parfaits, sous peine de pourriture rapide. 

 

Petits compléments d’informations : 

Certaines Maxillaria (des plantes sympodiales, donc) présentent un aspect hybride déconcertant : elles semblent cumuler à la fois des pseudobulbes et les tiges allongées des espèces monopodiales. Simple apparence : ce sont bien des feuilles étirées, et pas une tige, qui prolongent les pseudobulbes.

Les espèces monopodiales se retrouvent très majoritairement en Asie tropicale. A l’exception des Vanilla au port franchement lianescent, on n’en trouve qu’une seule espèce sur les continents américains ; et l’Afrique, à l’exception notable des Angraecoïdes, en est assez peu pourvue.

 

 

Les espèces sympodiales : des pseudobulbes, ou pas.

La tige des espèces sympodiales est un rhizome rampant, dont les ramifications successives (les « nouvelles pousses ») peuvent évoluer en pseudobulbes ; cette transformation n’est pas systématique.

Plutôt que « horizontale », la croissance du rhizome est simplement alignée sur le support, qui peut être indifféremment horizontal, oblique ou vertical. (Les Oncidiineae, particulièrement les Cyrtochilum, adoptent spontanément une croissance ascendante qui rend difficile  une culture en pot.) L’essentiel reste que ce rhizome rampant développe chaque année une ou plusieurs nouvelles pousses qui étoffent la plante latéralement, et non pas en hauteur. La plante se présente donc comme une touffe composée de plusieurs «  pieds associés » (c’est le sens du mot « sym-podial », d’origine grecque). 

Comme pour les espèces monopodiales, ce sont surtout les conditions climatiques qui vont décider de l’existence des pseudobulbes et de leur allure ; dans des milieux perpétuellement humides, où la plante ne doit pas faire face à une période de repos marqué, des organes de réserve sont superflus ; la plante ne développera pas de pseudobulbe volumineux, voire pas du tout. 

Ainsi, la tige du bien connu Epidendrum parkinsonianum n’est pratiquement pas modifiée en pseudobulbe ; l’espèce concentre ses réserves dans ses longues feuilles succulentes et lourdes, qui adoptent un port pendant. Surtout, les Pleurothallinideae (Masdevallia, Dracula, Restrepia, Pleurothallis, Lepanthes pour ne citer que les plus connus) poussent en climat toujours humide et ne connaissent pas de période de repos marqué ; ils n’ont donc pas besoin de réserves et ne développent aucun pseudobulbe. Ils supportent donc très mal l’assèchement durable de leur substrat de culture, et réclament des arrosages continus.

 

La nature et les formes des pseudobulbes.

Les pseudobulbes sont cependant présents chez la majorité des espèces sympodiales. On parle de « pseudo – bulbe » pour marquer la différence avec les vrais bulbes, comme ceux des tulipes, des narcisses, des crocus … ou des oignons. Un vrai bulbe contient toute la plante future à l’état d’embryon ; il se métamorphose tout entier, sous terre, pour devenir racines, feuilles et enfin fleurs. Mais chez les orchidées, les pseudobulbes ne sont jamais que des renflements des tiges « aériennes ». 

Ce sont au départ les ramifications premières du rhizome, sur lesquelles naissent les feuilles. Ce sont donc bien de simples tiges, équivalentes d’un pétiole, mais tubérisées au fil de la croissance annuelle. En tant que pièce végétale, ils contribuent à la photosynthèse, comme les feuilles. Mais ils servent surtout d’organe de stockage de l’eau et des hydrates de carbone, nécessaires à la survie de la plante en période de repos. C’est aussi en puisant dans cette réserve que la nouvelle pousse et la hampe florale pourront se développer. 

D’où deux conclusions évidentes : plus une espèce présente des pseudobulbes volumineux, plus elle est adaptée à un repos marqué. Et bien sûr, plus les pseudobulbes sont fournis en fin de croissance, plus la floraison et la croissance futures seront assurés.

 

Ils peuvent être cylindriques, arrondis, ovoïdes, fusiformes, pyriformes, effilés ou latéralement comprimés ; en forme de massue ; compressés aux extrémités et renflés au centre ; plus ou moins épais ; plus ou moins lisses et dodus (chez les Oncidiineae), ou rugueux, côtelés, cannelés, striés (Catasetum …) ; plus ou moins tendres ou durs, etc. 

Chez les Dendrobium, les Thunia, certains Epidendrum … , ils prennent la forme de cannes plus ou moins longues et épaisses, semées d’internoeuds où se développent les feuilles et les fleurs, parfois quelques racines aériennes (Epidendrum radicans, en particulier) ; certains deviennent même bambusiformes (en forme de bambous).

Ils sont parfois recouverts d’une cataphylle, un organe foliaire protecteur qui entoure la base de divers organes chez divers végétaux. Dans le cas d’un pseudobulbe, cette feuille spécialisée prend la forme d’une membrane engainante (très visible chez les Cattleya, notamment), qui sèche à maturité et s’effrite comme un parchemin consumé. Cette enveloppe étant souvent un véritable abri pour les parasites ou une réserve d’humidité source de pourriture, mieux vaut en débarrasser la plante dès qu’elle est sèche.

Selon les espèces, les pseudobulbes peuvent être de taille très modeste, presque imperceptibles, ou extrêmement volumineux. Chez certains genres, ils peuvent largement dépasser 2 mètres de long et 20 centimètres de diamètre. Rappelons le record qu’a constitué une touffe âgée de Grammatophyllum scriptum découverte dans la nature : elle pesait plus d’une tonne ! Bien sûr, rappelons-le, plus ils seront développés, plus la floraison et les futures pousses pourront être réussies.

Certains se révèlent très coriaces (au point de rester réfractaires au compostage),  d’autres sont plus tendres. Tous peuvent être attaqués par les escargots, qui sont capables de les raser ou de les traverser de part en part en quête d’une nourriture consistante ! 

Les pseudobulbes fins et/ou souples de nombreuses espèces bambusiformes (ainsi que Cattleya skinneri, Laelia purpurata, pour ne citer qu’eux) ont tendance à s’étaler et à envahir l’espace alentour ; il faut prévoir de les tuteurer durant leur formation, pour économiser la place.

 

Le cycle de vie des pseudobulbes.

Les exceptions sont nombreuses et diverses, mais le cycle standard est à peu près le suivant : la pousse printanière se concentre sur le développement du feuillage ; en début d’été, sa base (la tige, en fait) se tubérise et grossit ; le pseudobulbe est pleinement formé en fin d’automne. La plante exploite ses réserves durant le repos hivernal pour survivre et fleurir, puis pour initier sa nouvelle pousse en début de printemps. 

Ces séquences biologiques expliquent les conseils de base proposés aux amateurs. On donnera au printemps un engrais un peu plus chargé en azote pour le développement du feuillage ; en été, azote, phosphore et potassium seront plus équilibrés ; l’azote sera nettement réduit en automne pour ne pas perturber la future initiation florale ; et les fertilisations seront suspendues durant le repos hivernal. A noter que l’excès d’azote chez les Oncidiineae, ainsi que les Lycaste et Anguloa, (trop d’azote en trop peu de temps, ou trop tard en saison) peut provoquer l’éclatement ou du moins le déchirement des pseudobulbes.

 

La plante produira une ou plusieurs inflorescences, basales ou apicales (depuis sa base ou son sommet) à un moment déterminé de l’année ou à différentes saisons sans régularité, mais en puisant presque toujours dans l’énergie des pseudobulbes mûrs.  Les espèces à floraison printanière synchronisent la production de la hampe florale et la formation du nouveau pseudobulbe (Lycaste, Zygopetalum) ; beaucoup d’autres exploitent l’énergie encore fraîche du pseudobulbe dès qu’il a fini sa maturation, et fleurissent en automne – hiver ; enfin, certaines espèces (dont plusieurs Cattleya) constituent leur hampe en automne, mais laissent mûrir les boutons tout l’hiver (souvent dans une spathe), pour ne s’épanouir qu’au printemps.

Généralement, chaque pseudobulbe ne produit de fleurs qu’une seule fois dans son existence ; seules quelques espèces peuvent fleurir à plusieurs reprises sur un même pseudobulbe (les vieilles cannes de certains Dendrobium, par exemple, refleurissent  plusieurs années consécutives). 

Chez les espèces qui fleurissent après la maturation du pseudobulbe, la floraison arrête le processus de croissance de ce pseudobulbe, qui gardera définitivement le calibre qu’il avait atteint ; c’est la pousse suivante qui pourra éventuellement grossir davantage. 

On peut donc « lire la biographie » d’une plante en observant la succession des pseudobulbes plus ou moins développés, précocement défeuillés et flétris, ou durablement feuillus et gonflés. Les restes des hampes florales témoignent aussi de la santé passée de la plante. Cette petite « anamnèse médicale » est importante avant de faire un achat impulsif : la plante est-elle en phase de développement, ou se rétracte-t-elle d’année en année ? Ou le producteur vient-il de la diviser pour la vendre, ne laissant que des pseudobulbes trop petits ou trop peu nombreux ? Aviez-vous remarqué que la plupart des Cambria proposées en fleurs ne comptent que deux pseudobulbes ? Les plantes sont « mutilées » pour pouvoir être commercialisées dans de très petits pots … Privées de l’essentiel de leurs organes vitaux, elles ont moins de chances de reprendre une nouvelle croissance normale.

 

Après la floraison, le pseudobulbe jouera surtout un rôle de réserve nutritive. Il restera alimenté par le feuillage et par les racines encore en activité, et diminuera de volume pendant la période de repos, puis il se reconstituera partiellement à la croissance suivante. Avec le temps, son feuillage sèchera et tombera, ses racines mourront et disparaîtront, mais il continuera à alimenter la croissance de la plante en puisant sur ses réserves ; il mincira peu à peu, se ratatinera, flétrira et finira par disparaitre, complètement desséché. On parle d’ « arrières » ou d’ « arrière-bulbes » pour désigner les pseudobulbes défeuillés mais encore fonctionnels et capables de se reproduire.

Ceux de nombreux petits Oncidiineae (en particulier les petits Rhynchostele) sont très périssables : les anciens disparaissent au fur et à mesure que les nouvelles pousses se développent. On a ainsi affaire à des plantes potentiellement « éternelles », mais de taille toujours réduite, toujours exposées à un accident de culture fatal, et presque impossibles à reproduire par division. Au contraire, les arrières-bulbes dégarnis des Lycaste, des Zygopetalum, des Cymbidium … ont une belle pérennité, qui les fait encombrer les pots durant de longues années ; on peut alors procéder à des divisions et à la mise en culture de ces arrière-bulbes. 

 

Le cas des espèces caduques : repos absolu.

La plupart des espèces conservent leur feuillage en activité durant plusieurs années, et constituent donc des potées fournies. Quelques-unes, au contraire, n’attendent pas pour se débarrasser de leurs feuilles, qui ne résisteraient pas aux extrêmes climatiques ou qui consommeraient davantage d’énergie qu’elles n’en produiraient. Les périodes de grands froids, de sécheresse ardente, de grands vents … déterminent chaque année une mise au repos radical chez les Pleione, les Catasetum, certaines Calanthe, Eulophia, Dendrobium, Lycaste,  Anguloa, etc : les feuilles sèchent et tombent en fin de saison. Des potées de ces espèces ne sont donc jamais très fournies, et leur végétation est toujours fraîche, mais encadrée de nombreux arrière-bulbes dégarnis. Les racines de ces plantes caduques se dégradent également assez vite ; elles meurent même dès le premier hiver chez les Pleione

Très logiquement, le repos hivernal de ces espèces est quasi absolu. Arroser une plante qui absorbe peu et n’évapore rien la condamnerait à pourrir ; de légères pulvérisations suffisent à empêcher un dessèchement excessif des pseudobulbes. Ceux-ci peuvent être hivernés dans leur pot, en pleine lumière (mais les Pleione supporteront d’être dépotées et / ou conservées à l’ombre, voire dans l’obscurité).

Ajoutons que le rempotage de ces espèces doit impérativement se faire avant leur reprise printanière, et que celle-ci est souvent précoce. On aura intérêt à entreprendre leur rempotage au mois de mars, voire dès février, et il faudra absolument éviter de les déranger ensuite : la plante ne peut compter que sur les racines de l’année en cours, et celles-ci n’aiment pas être dérangées une fois installées. Les Pleione, encore elles, ne remplacent pas leurs racines abîmées, et meurent donc si elles ont été meurtries durant leur croissance.

 

La disposition des pseudobulbes.

Les pseudobulbes peuvent pousser très serrés les uns contre les autres, presque jointifs ;  certaines Coelogyne et Laelia, les Cymbidium, les Lycaste … sont ainsi qualifiées de plantes « cespiteuses », c’est-à-dire « qui poussent en touffes compactes » (c’est le cas aussi des Pleurothallinideae, dont les feuilles sans pseudobulbes forment des touffes très denses). Une configuration esthétique et économe de place, idéale pour le collectionneur.

Les pseudobulbes peuvent être au contraire très espacés le long du rhizome, parfois distants de 20 cm, chez des espèces qui poseront donc de gros problèmes d’empotage (certaines Coelogyne, des Bulbophyllum … ). Ces dernières devront idéalement être cultivées sur des branches ou des plaques extensibles qu’elles coloniseront sur toutes les surfaces, plutôt qu’en pots d’où elles déborderont immédiatement. 

Lorsque les nouvelles pousses se développent à touche-touche, elles apparaissent rarement entre les vieux pseudobulbes défeuillés et serrés (sauf chez les Osmoglossum qui reconstituent spontanément une touffe centrale) ; les nouvelles pousses se dirigent vers les périphéries, et en vieillissant, le centre de la potée se dégarnit peu à peu. Nous allons voir plus loin comment lui rendre de la densité.

 

Diviser le rhizome pour reproduire la plante. 

Une plante de grandes dimensions peut être divisée au moment du rempotage. C’est l’occasion de rappeler le b.a. – ba de la division et du rempotage printanier.

Sectionnez proprement le rhizome avec une lame très tranchante et désinfectée. Désinfectez la plaie avec du charbon de bois. Chaque tronçon à rempoter doit comporter au minimum trois pseudobulbes bien développés et actifs. Positionnez toujours les anciens pseudobulbes en bordure du pot, en orientant la nouvelle pousse vers le milieu. L’espace libre doit suffire à quelques années de croissance, le temps que le substrat se dégrade et nécessite un nouveau rempotage. 

Cas particuliers : les très grosses potées de Cymbidium ne se divisent pas facilement, et jamais proprement. A défaut d’une puissante guillotine et pour éviter un massacre à la tronçonneuse, il faut recourir à de grands coups de bêche pour trancher dans la masse. Après quoi, on pourra retirer plus proprement les pseudobulbes abîmés … et on laissera un an de convalescence aux divisions avant de les pousser à fleurir.

 

Diviser le rhizome pour densifier les potées.

Le rhizome est au départ une pièce végétale non ramifiée, qui s’étend de façon linéaire dans une seule direction. Dans ce cas de figure, les plantes débordent assez rapidement de leur pot, sans jamais s’étoffer latéralement. Les contenants idéaux seraient alors des pots elliptiques, voire allongés comme des jardinières de balcon. En serre humide, le mieux serait de fixer la plante sur une branche ou tout support étiré, qui permettrait d’optimiser la place occupée. 

Il arrive quand même que le rhizome se ramifie, quand plusieurs yeux se développent simultanément. En effet, chaque pseudobulbe abrite à sa base non pas un seul œil, d’où émergera la pousse unique de l’année suivante, mais bien deux yeux. Le second œil « de secours » ne produira sa pousse que si le premier est détruit précocement, ou si certaines conditions de culture le stimulent suffisamment, même des années plus tard.

La croissance de la plante devient alors multidirectionnelle, et tend même parfois à devenir concentrique. Certaines Coelogyne (cristata, mayeriana, …) constituent à la longue un imposant amas d’anciens pseudobulbes qui deviennent à leur tour un support où ils s’enroulent sur eux-mêmes, au point de devenir des masses énormes et intransportables. 

Il faut bien sûr favoriser ces larges potées qui occupent plus uniformément la surface du pot et qui offrent des floraisons spectaculaires. 

Avec des genres comme les Cattleya, Oncidium, Dendrobium et Paphiopedilum, les engrais à base d’algues marines stimulent non seulement la croissance des racines, mais aussi le développement de nombreuses nouvelles pousses. Ces engrais contiennent en effet de petites quantités d’auxines, des hormones végétales qui optimalisent le développement des yeux dormants. On peut donc obtenir une plante véritablement ramifiée, sur un rhizome intact.

On peut aussi tricher un peu, et diviser le rhizome sans dépoter la plante ; il suffit que les segments soient disjoints. Pour construire une plante spécimen digne d’une exposition, on pourra donc sectionner le rhizome à intervalles de trois ou quatre pseudobulbes vigoureux. Dans ce cas, le second œil au niveau de la coupure sortira de sa dormance, et cette pseudo-ramification (en fait, une simple division à l’intérieur du pot) étoffera la potée.

 

Exploiter les arrière-bulbes pour reproduire la plante.

Le second œil en dormance peut aussi être mobilisé par la séparation des arrière-bulbes. Si ces arrières (qui ont donc perdu feuilles et racines actives) sont encore consistants, ils peuvent être remis en culture. On les retire de la plante, on les nettoie de leurs restes de racines mortes, on les empote dans un substrat léger, en surface, on les dispose dans un endroit clair à température adéquate, avec une bonne hygrométrie (facilitée par une mini-serre que l’on aèrera quand même), et on maintient le substrat légèrement humide. Avec un peu de chance, l’œil dormant se réactivera et produira une pousse, qui elle-même produira ses racines.

Un bloc de plusieurs arrières solidaires augmente les chances de reprise, mais un ou deux arrières suffisent pour les Cymbidium ; deux au moins sont nécessaires pour les Lycaste et Anguloa ; trois pour les Oncidiineae en général. Un seul peut suffire, s’il est volumineux, pour les Catasetum, Mormodes et Calanthe caducs. Cependant, certains genres sont assez réfractaires à ce mode de multiplication : les Maxillaria, notamment, et les espèces qui ne produisent que de petits pseudobulbes tendres.

Quelquefois, une plantule se développe au sommet d’un arrière, comme un keiki. Il faut alors enterrer complètement cet arrière, de manière à mettre les racines du bébé en contact rapide avec le substrat.

D’autres sources courantes de reproduction : les bulbes des Pleione produisent de nombreux bulbilles en périphérie ; on les rempotera séparément au printemps. Les Dendrobium dont le repos hivernal a été rompu par des arrosages prématurés avortent, en transformant leurs boutons floraux en keikis ; une situation très fréquente chez le Dendrobium nobile et ses hybrides. (Pour ménager la floraison et éviter ces masses de keikis, attendez que les boutons aient commencé à s’ouvrir avant d’arroser en fin d’hiver). Même dans de bonnes conditions de floraisons, Dendrobium kingianum et Dendrobium Xdelicatum se structurent spontanément en plantes étagées : des keikis se forment à l’extrémité des pousses de l’année précédente, et ajoutent leurs floraisons à celles des pieds-mères. Il n’est pas nécessaire de les séparer systématiquement, au contraire.

 

Bouturer les pseudobulbes en forme de cannes.

La bouture de tige (en l’occurrence, de pseudobulbe) est toujours vouée à l’échec, sauf avec les espèces dont le pseudobulbe a la forme d’une longue canne semée de nombreux internoeuds. C’est le cas de certains Dendrobium et Epidendrum bambusiformes, des Thunia, des Ludisia (et d’autres « orchidées bijoux ») ; mais ce n’est pas le cas des grands Cattleya, par exemple, qui sont constitués d’un seul internoeud. 

On découpe au printemps des cannes vigoureuses, en tronçons qui comporteront idéalement deux ou trois internoeuds au moins ; on couche ces tronçons en surface d’un substrat très léger et toujours un peu humide (idéalement, de la sphaigne) ; on les dispose comme les arrières mis à reproduire. Et avec du temps et de la chance, des racines pourront  se développer au niveau des internoeuds ; puis apparaîtront des feuilles, et la nouvelle plantule pourra être rempotée au printemps suivant. Les Ludisia peuvent être fichés verticalement dans le substrat, comme n’importe quelle bouture. 

Cette méthode fonctionne plutôt bien, mais étant donné les grands risques de pourriture ou de dessèchement, les résultats ne sont jamais vraiment garantis.

 

Encore quelques compléments d’informations.

Le géotropisme des tiges et des pseudobulbes.

La végétation issue des tiges s’oriente spontanément vers le haut. C’est le « géotropisme négatif » de presque toutes les plantes, qui « se détournent » de la terre : le feuillage et les pseudobulbes croissent a priori vers le ciel, et les racines vers le sol.

Sudamerlycaste (= Ida ou Lycaste) dyeriana est un cas exceptionnel de géotropisme positif : la plante pousse résolument à l’envers, racines vers le ciel et végétation vers le sol.

Ce phénomène ne doit pas être confondu avec le port pendant qu’adoptent spontanément plusieurs espèces ;  quelques Epidendrum et Bulbophyllum, les Euchile, les Chysis, les Phalaenopsis semblent tirés vers le bas par le poids de leurs feuilles grasses ou de leurs pseudobulbes massifs. Ils supportent mal les efforts de l’orchidophile qui s’acharne à les maintenir érigés dans leur pot. Ce port incliné ou pendant est une contrainte de la gravitation universelle, et aussi une adaptation aux conditions de vie naturelle ; en particulier, les Phalaenopsis qui s’inclinent évitent que l’eau de pluie s’accumule au cœur de leurs feuilles engainantes, faisant alors pourrir le collet. Mieux vaut toujours respecter les habitudes des plantes … 

 

Les orchidées herpétophiles.

Les pseudobulbes de quelques Lycaste à feuillage caduc (comme Lycaste aromatica) sont surmontés d’aiguillons extrêmement acérés, qui rendent leur manipulation toujours un peu délicate. Ces aiguillons sont simplement les restes des points d’ancrage des nervures des feuilles ; une fois celles-ci tombées, ils constituent une protection efficace pour des serpents qui viennent se lover autour des touffes dégarnies. Ils échappent ainsi aux attaques de divers prédateurs terrestres et aériens. « Herpétophile » signifie ainsi « qui aime (est aimé par) les serpents ».

 

Les orchidées myrmécophiles.

Les Myrmecophila (anciennement Schomburgkia) présentent une particularité remarquable : leurs grands pseudobulbes sont creux, et pourvus d’un petit trou à la base. Ils offrent ainsi le gîte à des colonies de fourmis. En contrepartie, celles-ci protègent la plante des agressions d’autres animaux, et les déchets organiques produits par la colonie représentent d’importants apports d’azote pour la plante. Une belle symbiose ! « Myrmécophile » signifie précisément « qui aime (est aimé par) les fourmis ».

 

Un peu d’ethnobotanique : quelques usages humains des pseudobulbes. 

Les mêmes Myrmecophila, à peine réaménagés, servent de trompette aux populations sud-américaines : une tige creuse, un trou à la base … Pas besoin d’être ingénieur pour souffler dedans et varier les formes et les sons. Le génitif latin du mot « la trompette », « tibicinis », a d’ailleurs donné son nom à Myrmecophila tibicinis

Les pseudobulbes de nombreuses espèces ont ainsi des usages divers et variés, de par le monde : farine de Cymbidium ; confit de Laelia cuites dans du sucre ; des poisons, des remèdes, des potions magiques, des colles, des colorants, des textiles …

Et pourquoi pas ? Les tuyaux naturels des Myrmecophila  servent même de pipes dans les îles des Grands Caïmans…

Mais que fait la police ? 

 

 

Un long intervalle entre les pseudobulbes : une plante impossible à confiner dans un pot.

 

 

 

Les arrière-bulbes des Zygopetalum réactivent facilement leur œil dormant.

 

 

 

Un Phalaenopsis dégarni n’est pas perdu ; il suffit de l’étêter pour qu’il reparte.

 

 

Les vieux pseudobulbes de cette Coelogyne sont restés ridés depuis le repos hivernal précédent ; les nouveaux, bien dodus, sont prêts à affronter le repos prochain.

 

 

Cette Angulocaste est en déclin depuis deux ans.

 

 

 

Une division de Cymbidium « à la barbare » ; mais il n’y a pas beaucoup d’autres choix.

 

 

 

Ce Cattleya achève de pourrir. Pour les problèmes de santé des pseudobulbes, voyez notre nouvelle édition du « Allô, Docteur » !

 

 

 

François Lejeune.