Présentations des plantes des réunions

 

 

Tout savoir (ou presque) sur … 

les feuilles des orchidées.

 

 

 

L’orchidée défleurie présente souvent peu d’attrait esthétique : le feuillage est banal, si on le compare à celui des plantes vertes classiques. Généralement un peu négligé par les amateurs et les taxonomistes, il n’est inspecté que pour vérifier l’état de santé de la plante : on y cherche les parasites, les symptômes de maladie ou de déshydratation. Il mérite pourtant un peu plus d’intérêt. 

On peut interpréter ses caractéristiques comme des réponses organiques aux conditions de vie : le feuillage nous en dit long sur la façon dont la plante « gère » son exposition au soleil ou au vent, sa déperdition d’eau par transpiration, son stockage de l’énergie pour la période de repos, sa compensation de l’absence de pseudobulbes. Commençons donc par le commencement.

 

Les orchidées sont des plantes monocotylédones ; cela implique que les nervures de leurs feuilles sont parallèles et non ramifiées. Ces plantes à fleurs, toujours herbacées, sont d’apparition plus récente dans l’évolution que les dicotylédones, dont les nervures sont réticulées (en forme de filet).

Les feuilles de nos orchidées se présentent sous quelques formes assez peu variées : étroites, longues et souples comme la plupart des Cymbidium ; parfois graminiformes ; ovales et assez rigides comme les Phalaenopsis ; lancéolées, arrondies, ovales  etc. C’est dans leur consistance, leur disposition, leur port … que l’on peut faire davantage d’observations utiles. 

 

 

Structures et fonctionnement.

 

Les feuilles des espèces  sympodiales peuvent être multiples ou uniques (pensons aux Cattleya uni- ou bifoliés). Elles sont basales ou apicales sur le pseudobulbe, ou étagées le long de la canne, ;  elles se rattachent parfois à leur support par un pétiole (comme chez les Stanhopea, par exemple) ; mais la plupart sont plutôt sessiles, c’est-à-dire attachées directement à la tige ou au pseudobulbe, sans pétiole. Elles peuvent être alternes ou opposées. Leur croissance est généralement engainante chez les monopodiales.

Elles sont diversement réparties le long de l’organe central, tantôt espacées de plusieurs centimètres, tantôt jointives jusqu’à s’imbriquer en forme d’éventail (comme les Oncidium dits « équitants »). Elles sont généralement glabres et lisses (parfois un peu rêches), mais poilues chez quelques rares espèces ( parmi les Eria , notamment).

La combinaison de leur longueur, de leur épaisseur, de leur souplesse etc détermine en grande partie leur port : elles sont plus ou moins érigées, arquées ou retombantes.

La majorité des orchidées présentent un feuillage de couleur unie, d’un vert plus ou moins tendre ou foncé.  Les variations de l’ensoleillement entraînent des effets qui seront décrits plus loin. Quelques genres, surtout terrestres, présentent un feuillage tacheté, marbré, tesselé (comme les Orchis, certains Paphiopedilum … ). Enfin, rappelons que les « orchidées bijoux » (Ludisia, Macodes, Anoectochilus … ) sont des exceptions horticoles : c’est pour l’éclat de leur feuillage qu’elles sont appréciées, plus que pour leur floraison discrète.

C’est l’azote (N) qui sert à la plante de matériau de construction de sa végétation. Il convient donc d’assurer un bon approvisionnement de cet élément durant la période de croissance, au printemps et en été. En revanche, une fois l’automne venu, l’azote devra être réduit au profit de dosages plus marqués en phosphore et potassium, qui consolident la plante et lui permettent de préparer sa floraison. Une dominante d’azote en fin de bonne saison aurait un double effet négatif : la plante continuerait jusqu’au dernier moment à produire du feuillage, qui n’aurait pas le temps de se fortifier avant l’hiver et serait alors exposé à plusieurs pathologies durant la mauvaise saison ; d’autre part, cet excès d’azote inhiberait la formation des hampes et contrarierait fortement la floraison. Si l’alternance contrôlée des engrais au fil des saisons paraît trop compliquée, mieux vaut s’en tenir à une produit équilibré, où tous les éléments sont présents à égalité. Mais ce n’est qu’un pis-aller : les hybrides de la grande distribution s’en accommoderont sans doute, mais les espèces délicates ne s’en satisferont peut-être pas.

 

Photosynthèse et transpiration.

Les feuilles des plantes sont toujours constituées de couches successives de cellules spécialisées, superposées en lasagne. Bien évidemment, leur rôle premier est d’assurer la photosynthèse ; ce sont les usines à énergie solaire de la plante. Une plante qui a perdu tout son feuillage devra puiser dans les réserves de son pseudobulbe pour développer une nouvelle pousse, et cet accident impliquera un gros à-coup dans sa croissance générale.

Les feuilles assurent simultanément la respiration : elles absorbent le gaz carbonique et rejettent de l’oxygène et de la vapeur d’eau. Cette évaporation créée une aspiration qui attire la sève depuis les racines. Ce mécanisme vital d’inspiration – expiration est assuré par des cellules spécialisées, les stomates, de minuscules ouvertures dans la paroi des feuilles. Ces petits sas, en  s’ouvrant et en se fermant, laissent passer ou retiennent l’eau et les sels minéraux. 

 

 

 

Les stomates agissent sous l’influence de trois facteurs essentiels. 

D’abord, c’est la lumière (surtout la lumière bleue) qui permet leur ouverture. Il s’ensuit que les échanges gazeux, tout comme la photosynthèse, sont essentiellement diurnes. Brumiser le feuillage en fin de soirée ou la nuit ne sert donc à rien. Seules les Masdevallia, paraît-il, seraient capables de respirer - transpirer la nuit.

Ensuite, la température joue un rôle de cadenas de sécurité : pour limiter les pertes en eau par évapo-transpiration, les stomates se ferment au-delà de 25 – 30 °C, ou en cas de choc thermique important.

Enfin, l’humidité atmosphérique est un appoint de sécurité : si l’air est trop sec, les stomates restent fermés pour limiter le même risque de perte en eau. 

La fermeture des stomates durant la journée implique donc une perturbation momentanée de la croissance ; durant les grandes chaleurs, par exemple, la photosynthèse reste diurne, mais les échanges gazeux sont limités à de brèves périodes péri-nocturnes, quand la fraîcheur permet la réouverture partielle des stomates. C’est pour assurer la continuité de la croissance qu’il est donc essentiel de maintenir une hygrométrie suffisante dans et autour des pots. Dans le pire des cas de canicule, on brumisera le feuillage en matinée et en début de soirée (avant que l’obscurité réduise l’ouverture des stomates). Mais on évitera de le faire en journée, puisque le choc thermique aggravera la fermeture de ces stomates : la plante ne pouvant plus transpirer chauffera alors excessivement, jusqu’à « cuire » à petit feu.

De même, rappelons-nous qu’un ventilateur renouvelle l’air en contact avec la feuille, ce qui accélère la transpiration en cas d’air sec. Ventiler doit donc toujours aller de pair avec une bonne humidification de l’atmosphère.

 

Les stomates sont également capables du processus inverse : ils absorbent l’eau et les sels minéraux, à l’instar des racines. C’est pourquoi les engrais foliaires sont très recommandables. Les composants des engrais foliaires sont grosso modo les mêmes que pour l’arrosage des racines ; on y trouve les NPK et autres oligo-éléments classiques, mais dans des formes plus faciles à absorber par les feuilles. On peut donc utiliser un engrais « normal », mais en le diluant davantage. Les effets sont rapides, car les nutriments sont immédiatement assimilés. 

Cette pulvérisation foliaire est particulièrement bienvenue après des moments de stress de la plante (rempotage, chute, convalescence après une maladie, exposition à des excès de vent, de froid, de chaleur, de sécheresse …) ; elle convient aussi aux plantes qui débordent de leur pot, poussent en hauteur … Elle n’est cependant qu’un appoint à court terme dans la plupart des cas, et doit être relayée par des fertilisations classiques au niveau des racines.

Rappelons que c’est avec la fraîcheur du matin que les stomates sont le plus ouverts, et c’est à ce moment qu’il est plus efficace de pulvériser.

Il faut souligner aussi que les stomates, qui sont répartis sur les deux faces des feuilles, sont plus denses sur leur face inférieure, surtout chez les espèces à feuilles coriaces et cireuses : c’est là qu’il faudrait idéalement concentrer les brumisations d’eau, d’engrais foliaires, d’adjuvants phytosanitaires.

Derniers petits conseils : il convient toujours de brumiser en gouttelettes les plus fines possibles, idéalement en brouillard ; il faut éviter que des grosses gouttes se forment et se concentrent dans les plis des feuilles, sources d’infections fongiques et bactériennes. Donc, il faut mettre le maximum de pression dans le pulvérisateur, et serrer le capuchon ; et prendre un peu de recul pour répartir un fin film de liquide.

Enfin, chez de nombreuses espèces, le feuillage a également un rôle de stockage. C’est ici qu’il devient intéressant de « déchiffer » les feuilles de nos orchidées.

 

 

Lire le feuillage.

 

Des catégories de textures et de structures intéressantes : les feuilles plissées, pliées, ou téretes.

Les feuilles « plissées » (en anglais : plicate) sont plus ou moins fortement plissées le long de nombreuses nervures, qui sont parallèles à la nervure centrale (Cette morphologie est très visible chez les Phaius, Lycaste, Cypripedium …) Ces feuilles sont souvent larges, peu épaisses, souples et caduques ; elles ne contribuent pas au stockage de réserve alimentaire. Elles correspondent souvent à des espèces qui poussent en position abritée du plein soleil : elles étendent leur surface pour capter au mieux une lumière peu disponible (elles sont donc sensibles aux excès de luminosité), ou bien elles peuvent compter sur un vent stable pour se rafraîchir. Elles sont fragiles, souvent marquées de taches et d’attaques diverses, mais la plante les renouvelle régulièrement.

Par contre, les feuilles dites « pliées » (en anglais : conduplicate) sont repliées en deux parties égales, le long de la nervure centrale ; les surfaces de chaque moitié sont lisses et se font face en forme de « V », selon un angle plus ou moins aigu ou obtus. (Cattleya, Phalaenopsis, Vanda, Paphiopedilum…). Elles sont parfois si refermées sur elles-mêmes qu’elles semblent compressées, comme chez les Oncidium équitants. Ces feuilles sont souvent persistantes, rigides, parfois coriaces et épaisses, ce qui trahit alors leur rôle de réserve alimentaire. 

Chez les Cattleya, Laelia, Maxillaria, Encyclia et beaucoup d’Epidendroideae, ces organes de stockage sont renforcés par des pseudobulbes consistants, qui permettent à la plante de faire face à un repos marqué. En revanche, les Phalaenopsis ne disposent que de leurs feuilles pour concentrer un peu de réserves ; ils réclament un suivi des arrosages et des fertilisations, qui seront simplement réduits en hiver. Quant aux Cypripedioideae (Paphiopedilum et autres Sabots de Vénus), et à la plupart des Pleurothallinideae (Masdevallia, Dracula, Lepanthes, Pleurothallis, etc), qui n’ont ni pseudobulbes ni feuilles épaisses, ils ne disposent d’aucune réserve, et ne supportent pas de longues périodes de sécheresse.

Dans les cas extrêmes, la feuille a adopté une section presque cylindrique (« térétiforme », en forme de crayon) : elle est charnue, succulente, recouverte d’une cuticule épaisse et étanche. Ces caractéristiques sont analogues à celles des Cactus, par exemple, et signalent des plantes exposées au plein soleil, à la chaleur intense, parfois à des périodes de sécheresse prolongée : la surface de la feuille est réduite au maximum pour limiter les effets de l’ensoleillement, et la membrane externe, parfois cireuse, presque étanche, limite la transpiration. Les Vanda teres et les Brassavola en sont les prototypes. Certains Epidendrum de la section Coilostylis (Epidendrum parkinsonianum, en particulier) s’en rapprochent.

Une dernière observation : la végétation nanifiée, rasante ou prostrée est une adaptation à des conditions de vie difficiles. La plante qui a réduit ainsi son exposition aux grands vents, au grand soleil ou aux grands froids est apte à leur résister.

 

Feuilles caduques ou persistantes.

La plupart des orchidées présentent un feuillage persistant ; au fil d’un nombre d’années très variable selon les espèces, les vieilles feuilles sèchent et tombent naturellement, mais plusieurs pseudobulbes peuvent durablement rester feuillus, simultanément. Ce genre de potée permet des divisions immédiatement présentables.

Quelques espèces sont caduques : elles perdent tout leur feuillage en automne (les Pleione, Catasetum, Cycnoches,  quelques Calanthe, Dendrobium et Eulophia ; toutes les espèces terrestres des climats frais et tempérés) ; ou bien c’est au démarrage de la pousse suivante, au printemps, que la plante se dégarnit brièvement (Lycaste). Ces feuilles ayant une faible durée de vie, on ne les trouvera généralement que sur les pousses de l’année ; ces plantes produisent donc rarement des potées étoffées  - à moins de multiplier les nouvelles pousses en coupant le rhizome sans rempoter. Une fois dégarnis, ils réclament une période de repos très marqué. Et bien sûr, ces feuilles n’ont aucun rôle de stockage de réserves.

 

Des couleurs réactives.

Les feuilles de nos orchidées sont généralement de couleur unie, vert plus ou moins tendre ou foncé. Mais l’exposition à une luminosité un peu trop forte amène la plante à réduire sa concentration en chlorophylle, donc à paraître d’un vert plus pâle, tendant vers le jaune ;  si l’ensoleillement direct devient trop intense, on constatera un rougissement des feuilles, surtout au revers ; un cran plus loin, la feuille se nécrosera. A l’inverse,  le manque de luminosité provoque une concentration de la chlorophylle ; le feuillage devient alors vert foncé, symptôme d’une photosynthèse insuffisante.

Rappelons au passage que le classement des Paphiopedilum en serre chaude pour les feuillages tesselés et en serre froide pour les feuillages unis correspond à une tendance générale, mais ne doit pas être respecté aveuglément : il y a bien des nuances à apporter ! 

 

Un étalement significatif.

Comment confirmer que votre plante a son content de lumière ? Outre la coloration plus ou moins verte ou rougissante (mais variable selon les espèces), on peut considérer aussi l’étalement des feuilles. Si elles s’étalent en tendant vers l’horizontale dès le début de leur croissance, c’est le signe d’un manque de lumière : c’est pour elles une façon d’augmenter la surface exposée. Si les feuilles s’érigent d’abord verticalement, avant de s’étaler un peu, c’est le signe d’un ensoleillement optimal. 

 

Un peu de bon sens.

La santé de la plante dépendra donc évidemment de l’état de son feuillage. Il faut veiller à le maintenir suffisamment propre en le débarrassant de la poussière qui le recouvre dans nos maisons. Un linge doux ou un papier essuie-tout légèrement humidifiés suffisent. Mieux vaut éviter les savons et autres produits lustrants, qui détérioreraient l’épiderme et obstrueraient les pores. De même, le nettoyage doit être délicat, adapté à la consistance de la feuille : racler énergiquement l’épiderme ne ferait que l’abîmer. 

Les feuillages, surtout les plus tendres, sont très exposés aux dommages : ils brûlent, gèlent et pourrissent vite ; ils attirent les parasites qui se dissimulent dans les feuilles engainantes et au revers. Il est vraiment utile de prendre le temps de les observer, d’y déceler les signes d’un déséquilibre. C’est en particulier en observant les feuilles que l’on peut identifier les symptômes de diverses pathologies. Mais c’est une autre et longue histoire. Reportez-vous à ce sujet à notre nouveau fascicule « Allô, Docteur ».

 

 

Pour en savoir plus

 

Certains genres dits « aphylles » se présentent sans feuillage ou quasiment. Ce sont par exemple les  Dendrophylax (ex-Polyrhiza), les Campylocentrum et Chiloschista. Ils ont reporté leur activité chlorophyllienne et respiratoire sur leurs racines. De même, environ 11% des Vandeae évoluent vers la perte de leurs feuilles. Nous en avons parlé dans l’article consacré aux racines, dans le numéro précédent.

Dans le même registre, signalons que quelques espèces saprophytes (qui croissent en symbiose avec de la matière organique en décomposition, comme les Neottia de nos forêts européennes) ou souterraines (comme les Rhizanthella des déserts australiens) sont dépourvues de chlorophylle : leur feuillage, très nanifié, s’est affranchi de la photosynthèse.

 

Citons également cet extrait (adapté) de l’article de K. Cameron, paru dans Orchids, AOS, de décembre 2013.

« On néglige le rôle des feuilles dans l’évolution, et leurs apports possibles pour la détermination des espèces.  Or l’adaptation des plantes à leurs milieux respectifs ne se limite pas à la coévolution de la fleur avec ses pollinisateurs ; les feuilles aussi s’adaptent aux variations de leurs milieux, et sont des témoins de l’histoire des espèces. Elles en disent beaucoup sur les exigences biologiques de la plante, et contredisent quelquefois les classements botaniques admis. Par exemple, dans la tribu des Malaxideae, les espèces de Malaxis, Liparis et Oberonia terrestres, pourvues de feuillage spécifique, se ressemblent plus entre elles qu’avec leurs sœurs épiphytes : les contraintes du milieu ont provoqué la fameuse « convergence évolutive », qui amène des espèces très différentes à se ressembler, par adaptation aux exigences d’un même milieu (comme les poissons et divers mammifères marins). De quoi nuancer les classements traditionnels fondés uniquement sur les fleurs, l’origine géographique ou l’ADN. »

 

 

François.