Présentations des plantes des réunions

 

 

Tout savoir (ou presque) sur … 

les racines des orchidées.

 

 

 

Le bon état des racines de nos orchidées est une condition primordiale pour assurer leur développement. S’il ne fallait vérifier qu’une seule chose avant de faire un achat, ce serait bien la qualité du système racinaire : sa vigueur, sa densité, sa santé conditionnent tout l’avenir de la plante.

Que faut-il savoir à leur sujet, pour optimiser leur santé ?

 

Rappelons d’abord qu’environ 25 % des orchidées dans le monde ont une croissance terrestre ; un très petit pourcentage sont saprophytes (croissance dans de la matière organique en décomposition, donc un mode de vie très analogue aux terrestres) ; un faible pourcentage sont lithophytes (croissance sur de la roche, analogue à l’épiphytisme), et la grande majorité des espèces sont épiphytes (croissance sur un autre végétal qui ne sert que de support). Toutes fonctionnent en symbiose avec un champignon spécifique, indispensable à la germination et au développement des plantules. C’est la fameuse « mycorhize ».

La plupart des plantes terrestres présentent un système racinaire central qui s’enfonce dans le sol et y ancre la plante. A partir de cet axe central, de plus petites racines vont se développer, et se ramifier en radicelles souvent couvertes de poils. Cet ensemble souterrain va absorber l’humidité et les nutriments contenus dans le sol. C’est le cas pour les orchidées, aussi bien les espèces tropicales à feuillage persistant (Paphiopedilum, Arundina …) que les espèces des climats tempérés qui passent la mauvaise saison sous la forme d’un rhizome ou d’un tubercule souterrain en dormance (Cypripedium, Ophrys, Bletilla …). Je ne vous en parlerai pas plus ici, et vais me concentrer sur la majorité de nos petites protégées.

 

Les racines des espèces épiphytes.

Au fil de leur évolution, les plantes épiphytes ont quitté le sol trop ombragé des sous-bois et sont allées chercher la lumière en hauteur, parfois directement sous la canopée. Ce milieu extrême a imposé des adaptations très spéciales à leur système racinaire : sur un support aérien, celui-ci est soumis à des ensoleillements et à  des arrosages variables, et à une exposition au vent constante. 

Le centre d’une racine d’orchidée épiphyte, qui fait circuler les aliments, est une espèce de câble assez solide, recouvert de deux ou trois couches épaisses de cellules mortes. Ces cellules constituent un voile  spongieux (hygrophile et aéré à la fois) qui permet à la racine de se passer des petits poils que l’on trouve chez les espèces terrestres. 

 

Ce voile, le fameux « velamen », exerce de multiples actions. 

D’abord, il permet au épiphytes de se fixer sur leur support. Au contact de l’écorce (ou du pot), la couche superficielle des cellules devient adhérente, et fixe très solidement la plante à son support. Ces cellules ne se développent pas sur les surfaces purement aériennes des racines.

Ensuite, il agit comme un buvard, en stockant l’humidité captée à l’occasion des averses parfois violentes mais brèves ; la racine peut ainsi absorber le liquide à son rythme. Il absorbe aussi la rosée, et dans les forêts de brouillard, il peut même capter la forte humidité atmosphérique du matin, en saison sèche (le « repos absolu » de nombreuses espèces est donc assez relatif). 

Bien sûr, les racines véhiculent à travers la plante les aliments apportés par la pluie et le vent (petits débris végétaux, restes d’insectes), mais elles stockent même quelques surplus (surtout les amidons). Les réserves énergétiques contenues dans des racines charnues suffisent parfois à reconstituer une plante qui a perdu toute sa végétation ; les Phalaenopsis supposés morts produisent parfois une nouvelle pousse sur les derniers morceaux de tige sains, pourvu que les racines soient en bon état.

Le velamen isole aussi la racine de l’air ambiant et limite sa transpiration, donc l’évaporation, en période de grandes chaleurs. La nuit, il participe aux échanges gazeux réclamés par la photosynthèse, et assure donc une part de la respiration de la plante. Certaines racines aériennes sont même porteuses de chlorophylle et participent un peu à la photosynthèse diurne. C’est pourquoi les pots transparents (en l’absence de cache-pots !) sont un choix acceptable, mais sans impératif.

Enfin, le velamen protège la racine des excès de rayons ultraviolets dans les zones très ensoleillées. 

 

Modes de développement.

Les racines des épiphytes sympodiales prennent naissance sur le rhizome sous-jacent à la pousse, pas sur le pseudobulbe proprement dit. Mais leur croissance est simultanée à l’apparition de la nouvelle pousse qu’elles vont ancrer. L’avenir d’une plante est donc toujours dans l’œil du pseudobulbe précédent et dans les racines à venir du suivant. 

D’où l’importance de bien observer les plantes importées à racines nues ; celles-ci sont souvent très dégradées voire mortes, mais là n’est pas l’essentiel ; elles pourront au pire servir d’ancrage à la plante. C’est la vigueur des pseudobulbes qu’il faut considérer, et notamment la présence d’un œil à la base du dernier. Si une nouvelle pousse peut naître, les racines suivront … avec un peu de chance et des soins attentifs ! Nous en reparlerons plus loin.

Ces racines de ces espèces sympodiales s’étalent sur leur support et peuvent parfois coloniser plus d’un mètre carré de surface « au sol » ; les espèces lithophytes, en particulier, développent un réseau d’alimentation surdimensionné par rapport à leur végétation. Par ailleurs, quelques espèces (chez les Ansellia, Cyrtopodium, Grammatophyllum...) développent aussi des racines aériennes orientées vers le haut, disposées comme un nid d’oiseau ou un grillage, destiné à retenir les déchets apportés par le vent ; en culture, il s’agit évidemment de les préserver.

 

Chez les espèces monopodiales, les racines aériennes se développent tout le long de la tige ; elles s’engagent dans l’espace à la recherche d’un support ; en serre, elles se fixeront sur les totems de culture ou les plaques d’écorces ; ou elles iront s’enfoncer dans le substrat d’un pot ou d’une cagette voisine ; au pire, elles resteront suspendues, à absorber tant bien que mal l’humidité atmosphérique qu’il faudra tâcher d’augmenter autour d’elles.

De façon générale, un support moussu, qui combine humidité, aération et particules nutritives permettra aux racines dites aériennes de remplir leur rôle avec un maximum d’efficacité. Une plaque d’écorce complètement sèche leur rend la vie un peu plus difficile !

 

Les racines de toutes les espèces épiphytes tendent à être fort longues, ce qui confirme les difficultés de ce mode de vie aérien ; elles ont une grosseur uniforme sur toute leur longueur. Elles peuvent être plutôt fines et nombreuses, capables de coloniser tout le volume du pot, comme celles de nombreuses Oncidiineae, des Dendrobium, Lycaste, Anguloa, Maxillaria, etc ; ou bien épaisses et éventuellement moins denses, comme celles de nombreuses Vanda ou Phalaenopsis. Le compost doit s’adapter à ce calibre : plus la racine est épaisse, plus le substrat doit être ouvert, drainant, aéré. Leur longueur (plusieurs mètres chez des Vanda) impose parfois de les cultiver en suspension ; chez les grandes épiphytes, la masse des racines pendantes peut représenter jusqu’aux deux tiers de la masse totale de la plante. A l’inverse, quelques espèces comme Osmoglossum pulchellum ont un système racinaire quasi inexistant, et devront être installées dans un pot pas trop profond et bien drainé ; elles préféreront aussi ne pas être dérangées.

 

Vie et mort des racines ; la question du rempotage.

Les racines en croissance présentent une extrémité translucide et brillante, brunâtre, rougeâtre ou verte ; au fur et à mesure de leur allongement, les cellules de l’épiderme en amont meurent et forment les couches du précieux velamen, qui apparaît gris et mat quand il est sec, et vert brillant quand il est chargé d’humidité. Un bon indicateur pour éviter les surarrosages.

Une racine qui ne présente plus d’extrémité active a cessé de pousser, mais elle continue à jouer pleinement son rôle d’absorption et de respiration. Il ne faut donc surtout pas la couper. Même si sa croissance est arrêtée, elle peut rester active au moins un an encore, parfois plus.

 

A la longue, les racines pourrissent ou se dessèchent ; le velamen brunit, se décompose et part en lambeaux, laissant apparaître le cordon central. Même dégarni, ce « câble » intérieur peut encore continuer à fonctionner quelque temps, et même engendrer une ramification vivante. Mais à ce stade, il est préférable de le couper. On le tranchera nettement, à la base ; on peut ménager éventuellement les tronçons encore sains les plus proches de la plante.

Chez les sympodiales cultivées en pot, la vieille masse racinaire dégradée est parfois imposante, quand les rempotages ont été trop espacés ; il ne faut pas hésiter à en retirer beaucoup. D’abord parce que tout conserver obligerait à utiliser des pots beaucoup trop larges par rapport aux besoins réels de la plante ; également, parce qu’il est très difficile de nettoyer puis de regarnir de compost frais un chignon trop dense ; ensuite, parce que la plupart des anciennes racines sont vouées à dépérir à moyen terme ; enfin, parce que de toute façon, la plante les renouvelle partiellement  chaque année, avec le développement des nouveaux pseudobulbes. Mieux vaut donc tailler dans la masse, raccourcir les trop longues … et laisser à la plante la place nécessaire à sa future croissance.

Dans ce domaine, les Cymbidium (surtout les terrestres) sont des champions de l’enracinement massif ; non seulement ils peuvent tordre et faire exploser leur contenant quand ils se sentent à l’étroit, mais ils sont lentement expulsés en hauteur par le gonflement de leur masse racinaire, et débordent au-dessus des pots, ce qui complique fortement leur arrosage. Mieux vaut toujours les empoter en laissant une grande marge de sécurité sous les bords du pot.

 

Idéalement, le rempotage des épiphytes se fera quand les nouvelles racines (très fragiles) percent, pas quand elles ont déjà plusieurs centimètres. Il vaut mieux laisser la racine se faufiler elle-même dans le substrat, plutôt que l’y introduire de force, en la malmenant : la plier, la meurtrir en compressant le substrat augmente toujours les risques de blessures, qui seront autant de portes ouvertes aux infections. Après un rempotage, surtout s’il a fallu raccourcir des racines, il vaut mieux éviter d’arroser la plante ; un petit moment de sécheresse permet aux racines de se cicatriser sans trop risquer de contracter des infections.

Une chute, un gros choc, un dépotage en milieu de saison peuvent être catastrophiques pour certaines espèces (comme les Pleione) qui n’émettent pas de nouvelles racines de remplacement en cours de croissance. De même, certains Cattleya bifoliés n’émettent qu’un très petit nombre de racines. Si celles-ci sont endommagées ou détruites, il faudra attendre l’année suivante pour espérer voir une nouvelle pousse se développer.

Par ailleurs, les racines ont du mal à s’adapter à des changements de leurs conditions de croissance : une racine qui a poussé à l’air et que l’on enfouit dans un pot supportera mal d’être ainsi recouverte de substrat, et mettra du temps à reprendre. Même difficulté si vous changez de type de substrat ou d’eau d’arrosage. D’où l’intérêt de rempoter au moment du démarrage des nouvelles racines : elles pourront s’acclimater d’emblée, avec une culture homogène.

 

Vitalité des racines.

Le velamen est un organe délicat, qui impose quelques impératifs de culture à rappeler

Il est par nature exposé à l’air libre, et n’est pas fait pour supporter un détrempage perpétuel, ni un « ensevelissement » : il doit sécher, respirer à l’air libre. Une racine mal aérée meurt prématurément et ne peut plus remplir aucune de ses fonctions. 

Attention donc au surarrosage, cause principale de la mort des orchidées. Un bref assèchement du substrat entre deux arrosages est généralement bénéfique : l’air peut circuler jusqu’aux racines, et empêche ce substrat de se décomposer et de se compacter trop vite. Rappelons que l’aspect des racines est un bon indicateur : sèches, elles sont d’un gris nacré un peu terne, et peuvent donc être arrosées ; vertes et brillantes, elles sont humides et doivent encore sécher.

 

Le velamen supporte mal l’association d’une forte chaleur et d’une faible hygrométrie ; il faut absolument éviter de disposer des plantes, surtout à racines nues, près d’une source de chaleur desséchante comme un radiateur.

 

L’ensemble des racines est très sensible aux engrais ; trop concentrés, ceux-ci les brûlent, les nécrosent et les tuent. Il est donc nécessaire de diluer fortement les fertilisants. En particulier, les engrais prévus pour les plantes d’appartement classiques doivent être fournis au quart ou au cinquième de la concentration recommandée. Et un principe général est particulièrement d’application : il ne faut pas donner d’engrais à une plante qui a soif / dans un pot sec. Désaltérez légèrement la plante quelques heures avant de la fertiliser.

 

Stimulation des racines.

La santé d’une plante passe d’abord par la vitalité de ses racines ;  les engrais racinaires – qui contiennent divers hormones et notamment de la vitamine B – sont donc très utiles, surtout pour acclimater une plante importée à racines nues, rétablir une plante affaiblie, installer des plantules fragiles, etc.

Lorsqu’une plante a perdu toutes ses racines, il faut réduire tous les facteurs qui tendent à la déshydrater (forte chaleur, ensoleillement), augmenter l’humidité atmosphérique, et n’arroser le substrat que très modérément : beaucoup d’hybrides et quelques espèces vont initier la pousse de nouvelles racines pour trouver l’eau qui leur manque. Dès leur apparition, des dosages prudents d’engrais racinaires facilitent la reprise.

De façon générale, les engrais incluant des algues marines contiennent de légers dosages d’auxines (des hormones de croissance végétale), qui stimulent particulièrement la croissance des racines et le développement de nombreuses nouvelles pousses chez les plantes adultes, dans de nombreux genres. 

 

 

Quelques compléments d’information.

A proprement parler, aucune espèce d’orchidées n’est aquatique ; toutefois, certaines sont adaptées à un sol détrempé : l’une ou l’autre Spiralis ; les Phragmipedium colorés et les Restrepia peuvent se cultiver dans un fond d’eau à la bonne saison. Les Disa poussent le long des ruisseaux alimentés par la fonte des neiges ; à la bonne saison, leurs racines sont donc fortement mouillées et rafraîchies. Enfin, le Bulbophyllum rheophyton, découvert en 2011 à Bornéo, présente la particularité très rare de pousser dans le lit de cours d’eau qui le maintiennent dans un état semi-aquatique et qui peuvent sans doute le submerger à l’occasion.

 

Le saviez-vous ? Les racines poussent spontanément en s’éloignant de la lumière … sauf dans le cas des plantes à géotropisme positif comme Lycaste dayeriana, dont la végétation et les floraisons  s’orientent vers le sol, et les racines vers le ciel …

 

Certains genres comme les Coryanthes, Schomburgkia, Grammangis sont dits myrmécophiles, ce qui signifient qu’ils vivent en symbiose avec des fourmis. Celles-ci établissent leur nid dans la masse racinaire, et y concentrent l’azote dont la plante tire profit ; elles la protègent également contre les parasites. En échange, elles prélèvent les abondantes excrétions sucrées des hampes florales et profitent des pseudobulbes creux de certaines espèces qui leur assurent ainsi des gîtes secondaires. Ces plantes sont particulièrement bien protégées contre les orchidophiles qui voudraient les prélever, et les nids, une fois installés, sont réputés inexpugnables et inexpulsables. Rien ne parvient à les déloger ! 

 

Les orchidées investissent énormément d’énergie dans leurs racines, au point qu’elles remplacent parfois les feuilles des espèces dites aphylles ; ce sont les Dendrophylax et Campylocentrum en Amérique ; les Taeniophyllum, Chiloschista et quelques Phalaenopsis  en Asie ;  les Microcoelia et Solenangis en Afrique. Chez ces plantes, toutes les fonctions liées à la photosynthèse sont assumées par un réseau dense de racines modifiées. Une évolution inverse des Broméliacées qui produisent énormément de jeunes pousses, mais sous-développent leur système racinaire.

Ce remplacement des feuilles par les racines résulte d’un processus qui est encore en cours chez environ 11% des Vandae. On observe que les racines des espèces les moins feuillues tendent à l’aplatissement, alors que la norme est plutôt une section ronde ou ovale ; cet aplatissement  augmente la surface exposée au soleil. D’autre part, les racines des épiphytes, généralement composées de deux ou trois couches de velamen, limitent l’évaporation ; mais elles n’ont pas encore de stomates à proprement parler pour permettre les échanges gazeux avec l’atmosphère (ce qui reste le rôle des feuilles). Les espèces qui tendent à perdre leurs feuilles intègrent donc à leur velamen des cellules remplies d’air, des « pneumathodes ». Ces cellules sont visibles (de minuscules plaques ovales, gris clair) sur les racines des Vandoides quand elles sont humides.

Dans le monde végétal, la perte des feuilles est souvent une adaptation à des milieux trop chauds et secs ; ainsi, les cactées et euphorbiacées laissent à leurs racines le soin d’ancrer la plante et d’absorber  l’eau et la nourriture, mais laissent leur tige / tronc accomplir la photosynthèse et les échanges gazeux ; les Vandeae, elles, confient toutes ces tâches à leurs racines. Pourquoi ? Pour quoi ? Le débat sur les tenants et aboutissants de cette évolution reste en cours. (B. Sidoti, Orchids, AOS, octobre 2013).

 

Et, dernier luxe de détail (assez pu utile, il est vrai), les racines comme les pseudobulbes ne sont pas si facilement biodégradables. Vous les retrouverez presque intactes dans votre tas de compost, plus d’un an après les y avoir incorporées !

 

 

François.