Présentations des plantes des réunions

 

Pour installer efficacement des plantes importées à racines nues.

 

 

Les expositions toutes proches seront bientôt l’occasion de craquer pour quelques raretés en provenance directe des pays tropicaux … et parfois bien difficiles à acclimater. Je ne résiste jamais au plaisir de farfouiller dans les caisses où sont entassées des plantes importées à racines nues, ou à peine emballées de sphaigne et de plastique. Des cavernes d’Ali Baba, mais aussi des antichambres du tas de compost. 

Ces plantes ont été très malmenées : dépotées dans leur pays d’origine, plus ou moins ensachées, peu ou pas hydratées (c’est moins grave en période de repos), entassées, stockées, déplacées dans le noir et parfois le froid pendant pas mal de temps, trimballées d’une exposition à l’autre (les invendues !), tripotées par les amateurs  … Le problème est analogue mais moins grave avec les plantes commandées et expédiées par paquet : les délais sont plus courts, les préparatifs plus simples, les livraisons plus directes ; n’empêche.

Beaucoup de ces plantes sont des survivantes, et leur reprise n’est jamais garantie. Mieux vaut savoir comment les remettre en culture avant de les acheter.

 

Malgré les apparences, l’état de leurs racines est relativement secondaire. Elles sont de toute façon très dégradées, et sans doute déjà presque inopérantes ; elles ne serviront plus que d’ancrage à la plante. L’avenir de la plante, l’essentiel à vérifier, c’est l’état des pseudobulbes. Ils doivent être encore vigoureux, ou du moins pas trop flétris. Et surtout, ils doivent comporter un œil à leur base. Si cet œil peut se développer en une nouvelle pousse, les nouvelles racines sortiront. A vous alors de ne pas les rater.

 

Installez la plante, tuteurée ou au moins bien stable, dans un pot de petit volume (il doit pouvoir sécher rapidement). Prévoyez en outre un drainage efficace (les jeunes racines d’une plante stressée ne demandent qu’à pourrir), mais disposez un peu de sphaigne à proximité du dernier pseudobulbe : les racines y chercheront l’humidité, mais elles pourront aussi sécher temporairement si vous arrosez judicieusement. En général, un pot hydraté complètement (substrat trop rétenteur) ou trop souvent (pas de séchage intermédiaire) débouchera sur la catastrophe habituelle : les racines pourrissent. Au contraire, un pot sans aucune rétention d’eau imposera une déshydratation trop sévère, même pour une épiphyte vigoureuse : les jeunes racines sèchent et meurent. 

Durant les premières semaines, contentez-vous de pulvériser le feuillage et la surface du pot, sans arroser, et exposez la plante à une lumière douce. Prévoyez beaucoup d’humidité atmosphérique, couplée à une bonne aération. Ensuite, de l’attention, de la régularité, et du doigté dans les arrosages durant toute la première année au moins !

Si la plante semble vraiment trop affaiblie après l’achat, les meilleurs « soins intensifs » consistent à la poser simplement sur un lit de sphaigne de quelques centimètres d’épaisseur, sans autre substrat, et en y engageant à peine la base du pseudobulbe, voire pas du tout. Il faut alors maintenir la sphaigne légèrement humide en permanence. Les jeunes racines, humidifiées et aérées à la fois, pourront prendre quelques forces et s’engager peu à peu dans leur support. Quand elles auront pris quelques centimètres, pulvérisez de petites doses d’engrais racinaire. 

Dès le printemps suivant, rempotez très délicatement la plante dans le substrat qu’elle réclame, dans un pot encore plutôt étroit, avec un tuteurage soigné. Ensuite, vogue la galère.

Avec des soins précis, vous avez donc de bonnes chances de rétablir des plantes traumatisées. Mais vous aurez compris qu’il vaut mieux faire ce genre d’achat au printemps, et surtout pas au début de la période de repos : plusieurs saisons de délai avant d’émettre de nouvelles racines, c’est beaucoup trop long. Sauf pour des plantes à feuillage caduc qui entrent en vraie hibernation, le stress prolongé serait fatal à coup sûr.

 

Terminons en évoquant le problème inverse des racines nues : de plus en plus de petites plantes botaniques sont proposées très jeunes, dans des mini-pots de plastique remplis de sphaigne. Les racines  paraissent vigoureuses, colonisent tout le volume du pot, et on cède à la tentation de prolonger ce mode de culture si efficace. On arrose la nouvelle venue comme les autres, en oubliant que la sphaigne pure reste détrempée, surtout dans un contenant de plastique ; et quand vient le moment du rempotage quelques mois plus tard, on constate que toutes les racines ont disparu, pourries. Rempotez rapidement ou séparez la plante des autres, pour lui ménager des soins spécifiques.

Enfin, rappelons le piège particulier de « la boule de sphaigne tueuse » : une fois grandies, les petites plantes décrites ci-dessus sont rempotées « comme il faut », dans le substrat adéquat. Mais le producteur se facilite la vie en ne les dégageant pas de leur cocon de sphaigne ; il rajoute simplement le compost autour de la première boule de culture. Chez vous, au quotidien, le substrat drainé vous laisse l’illusion que la potée a eu le temps de sécher, alors que la masse compacte de sphaigne, invisible, reste perpétuellement détrempée autour des racines. Brusquement, la plante flétrit, se détache du substrat : sous la surface sèche, tout a pourri.

Là-dessus, bonnes prospections et bons achats !

 

 

François.