Présentations des plantes des réunions

 

 

« Les travaux et les jours » : quelques soins de saison.

 

L’arrivée de l’automne est un tournant majeur dans la vie de nos plantes, qui adaptent leur métabolisme à plusieurs phénomènes simultanés. La durée et l’intensité de l’ensoleillement diminuent en même temps que les températures ; les écarts de températures entre le jour et la nuit se creusent, jusqu’à la relative stabilisation de l’hiver ; et c’est dans ce contexte que les pseudobulbes à maturité, chez beaucoup d’espèces, initient leur floraison. Le tout implique d’adapter les soins en fonction de critères simples dans l’ensemble, mais parfois complexes dans le détail.

La première mesure à prendre est d’amorcer un changement dans les arrosages : l’activité chlorophyllienne va lentement se réduire, les plantes auront besoin de moins d’eau, et en absorberont donc de moins en moins. Il faudra, à partir d’octobre, réduire progressivement les apports d’eau, en fréquence et en quantité. Un substrat perpétuellement humide voire détrempé, associé à la baisse des températures, augmente le risque de pourriture des racines et d’attaques fongiques sur les feuilles. La règle habituelle qui consiste à laisser sécher le substrat entre deux arrosages doit être respectée pour la plupart des espèces. 

Voilà pour les principes généraux ; il y a bien sûr quelques variables à surveiller, en particulier la rapidité avec laquelle chaque pot va sécher ; cette rapidité est déterminée par sa taille, son matériau, et le type de substrat utilisé. 

Un petit pot contient moins d’eau, évidemment, et les racines de la plante le colonisent de façon plus homogène ; il séchera plus vite qu’un grand pot, qui retient plus d’eau, et est généralement parcouru par un réseau de racines moins dense. De plus, la terre cuite évapore beaucoup plus de liquide que le plastique étanche. Un pot ajouré, et a fortiori des paniers de languettes de bois ou des cagettes métalliques s’aèrent et sèchent rapidement. Quant aux montages sur plaque d’écorce, sur cep de vigne et autres fanjans ou noix de coco, leur asséchement est presque instantané. Et, situation extrême, les plantes cultivées à racines nues ne peuvent compter que sur la faculté d’absorption de leurs racines pour stocker l’eau qui ne fait que s’écouler sur elles. En simplifiant, ce sont surtout vos grands pots de plastique qu’il faut arroser nettement moins, et les cultures à racines nues qu’il faut maintenir hydratées ; entre ces deux extrêmes, modulez vos restrictions.

Les types de substrats sont également essentiels. Certains, une fois bien imprégnés, sont d’excellents rétenteurs d’eau et doivent être arrosés deux à trois fois moins souvent que d’autres : ce sont par exemple le sphagnum, la laine de roche hygrophile, la mousse de polyuréthane, les substrats à composants fins (écorces de petit calibre, terreau des espèces terrestres) et ceux qui sont en partie décomposés avec l’âge et compactés. D’autres substrats évacuent l‘humidité assez rapidement, et  nécessitent des arrosages plus fréquents : les mélanges où l’écorce prédomine, surtout si elle est de gros calibre et/ou fraîche ; ceux qui contiennent beaucoup de matériaux drainants comme du bouchon concassé, du charbon de bois, du polystyrène expansé (la « frigolite »), des billes d’argile …

Prenez soin, de toute façon, d’évaluer précisément à quel point le compost est réellement déshydraté : la surface est toujours plus vite asséchée que l’intérieur ; un pot peut sembler prêt à un nouvel arrosage, alors que son centre est encore détrempé. N’allez pas chaque fois fourrager dans le compost avec le doigt : vous ne feriez que déraciner la plante. Le mieux est de soupeser le pot pour estimer son degré d’hydratation. Et en cas de doute, mieux vaut généralement reporter l’arrosage que le renouveler trop tôt. Rappelons-le sans relâche : une orchidée meurt généralement d’un excès d’arrosage, et presque jamais de soif. Retrouvons la main légère, à la mauvaise saison.

La période de « repos végétatif », où la plante suspend sa croissance jusqu’aux beaux jours, est de toute façon relative. Nouvelles variables à intégrer : la luminosité et les températures hivernales. 

Les plantes qui bénéficieront d’une bonne luminosité hivernale (culture au sud, ou éclairage artificiel adéquat) maintiendront une meilleure activité végétative que les autres. Elles resteront capables d’absorber mieux un peu d’eau et d’engrais. Celles qui devront vivre avec un vrai déficit d’ensoleillement devront être mises a priori au régime plus sec.

Enfin, la température reste un facteur important. Plus la plante sera maintenue au chaud, plus elle pourra transpirer et devra donc d’abord absorber. A l’inverse, une plante de climat frais ou froid ralentira ou stoppera nettement son métabolisme. Certaines espèces « froides » doivent même entamer, vers début novembre, un  repos complet  ou presque : elles passeront l’hiver pratiquement sans une goutte d’eau. Plus leurs pseudobulbes sont volumineux, donc plus leurs réserves nutritives sont importantes, et plus elles peuvent se passer de nos soins. A l’inverse, celles qui n’ont pas de pseudobulbes, comme les Masdevallia par exemple, réclameront un compost toujours un peu humide.

Ces variables sont importantes en toute saison, mais c’est bien en automne et en hiver que les erreurs d’arrosage présentent le plus de risques pour la survie des plantes.

 

La fertilisation doit  également s’adapter. Pour assurer leur croissance végétative, les plantes ont eu besoin d’engrais davantage azoté durant la belle saison. L’azote (symbolisé par la lettre N sur les flacons du commerce) les a aidées à développer leur feuillage. A partir d’août, les pseudobulbes mûrissent et stockent les éléments nutritifs qui favoriseront la floraison et le démarrage des futures nouvelles pousses et racines. Les apports d’azote doivent se réduire, tandis que la part de phosphore (P) et de potasse (K) doit augmenter. Ces dosages sont proposés dans les engrais « floraison » traditionnels. Un engrais équilibré (« 10-10-10 » ou « 20-20-20 ») peut encore convenir, mais il faut éviter de laisser une dominante d’azote : la floraison en serait contrariée, et la plante qui continuerait à « produire du feuillage » sans le « fortifier » serait fragilisée pour passer l’hiver. 

Si vos plantes passent la bonne saison à l’extérieur, la pluie peut compliquer le rythme des arrosages, et les parasites posent un nouveau problème. Les limaces et escargots, en particulier, attaquent les feuilles et les jeunes hampes florales, et pondent dans le substrat. Même si vous éliminez un grand nombre d’adultes, votre collection risque d’être infestée tout l’hiver par les générations suivantes. Au moments de rentrer vos plantes pour l’hivernage, recourez intensivement à tous les procédés classiques pour les éliminer : piégeage sous des tuiles et autres au niveau du sol ; pièges à bières ; granulés si nécessaire. 

Pour purger au maximum vos plantes de leurs parasites, il faudra anticiper l’arrivée des grands froids et ne pas devoir tout rentrer en catastrophe, la veille des premiers refroidissements : prenez le temps en septembre / octobre de mettre les potées en quarantaine, avant de les rapprocher des plantes qui sont restées à l’intérieur. Immergez d’abord les pots jusqu’au niveau du compost si possible ; les parasites remonteront à la surface et chercheront refuge sur le feuillage. Cherchez-les soigneusement pour les éliminer manuellement, à plusieurs reprises à intervalles rapprochés ; laissez-leur le temps de bouger, repassez toutes les demi-heures... Ensuite, laissez bien sécher les pots, et disposez dessus des rondelles de légumes aqueux (concombre, carottes …) : les parasites restants viendront s’y rassembler ; éliminez-les et recommencez pendant quelques jours. Intensifiez le piégeage sous toutes ses formes avant de rentrer vos plantes, et inspectez-les surtout à la nuit tombée : les limaces sont trop discrètes en journée. La plupart des adultes seront ainsi éliminés. Restera à assurer un suivi du piégeage durant l’hiver : les jeunes générations apparaîtront peu à peu.

De toute façon, il est prudent de rentrer et de désinfester une plante dès qu’elle développe sa hampe florale. Quelques espèces semblent ne pas intéresser les ravageurs, mais rien n’est jamais assuré, et la majorité des jeunes hampes et des boutons les attirent.

Vous assurerez le meilleur ensoleillement possible à vos plantes durant la mauvaise saison, en fonction des besoins de chaque espèce ; la plupart des plantes apprécieront d’être installées à proximité du vitrage. Installez dans les endroits moins accessibles celles qui ne devront presque pas être arrosées ; gardez à portée de mains celles qui réclameront des soins plus soutenus. Les espèces qui ne supportent pas le plein soleil de l’été supporteront généralement celui de l’hiver. Veillez cependant à évoluer avec la saison : le plein soleil d’octobre et de mars reste un peu trop intense pour un Phalaenopsis ou un Paphiopedilum. Et même les Cattleya peuvent griller à l’est, en avril, s’ils ne sont pas protégés.

Voilà pour l’essentiel. Il est clair que ce changement de saison n’est pas propice à d’autres interventions comme le rempotage, par exemple. Celui-ci devra attendre la reprise de la croissance, au printemps. Seule exception possible : quelques plantes « froides » (les Masdevallia, par exemple) peuvent si nécessaire être rempotées en ce moment. L’été leur est généralement pénible, c’est pourquoi certains amateurs préfèrent leur imposer le traumatisme du rempotage quand le climat rafraîchit. C’est alors en automne que ces espèces se réinstallent dans leur nouveau pot. Cependant, il faut être sûr de leur offrir des conditions optimales pour s’y risquer : une serre lumineuse sans excès, une forte humidité atmosphérique, des soins attentifs … Mieux vaut laisser ce risque à des amateurs confirmés et équipés.

Après ces principes généraux, passons quelques plantes classiques en revue, à l’usage des débutants.

Les Phalaenopsis seront placés en lumière moyenne, toujours au chaud. Les arrosages passeront de deux à un seul par semaine, avec un léger apport d’engrais tous les quinze jours.

Les Cymbidium hybrides démarrent leurs hampes florales aux alentours du mois d’août. Vous les arroserez toujours assez copieusement, avec de bonnes doses d’engrais pour assurer leur floraison. Ils resteront au jardin (plein soleil dès la mi-septembre) jusqu’à l’annonce des premières gelées. Une fois rentrés, réduisez à peine les apports d’eau et d’engrais. Assurez-leur encore le maximum de lumière et de fraîcheur. Ne les placez dans une pièce chauffée que lorsque la floraison est bien entamée ; un passage au chaud trop précoce fait souvent tomber les boutons floraux immatures.

Les Cambria, Burrageara et autres Vuylstekeara (des hybrides complexes incluant notamment des Odontoglossum et Oncidium), ainsi que les Miltoniopsis, seront installés en bonne lumière et au frais. Arrosages et engrais se réduiront progressivement sans disparaître tout à fait. Mêmes traitements pour les Zygopetalum et leurs hybrides.

Les Cattleya et leurs hybrides recevront une bonne lumière la journée, mais seront maintenus dans le noir durant la nuit : la lumière artificielle pendant leur « sommeil » nocturne a la réputation d’inhiber leur floraison. Ils réclament une chaleur moyenne, des arrosages et des engrais continus mais fort réduits en hiver : un surarrosage fait rapidement pourrir les racines.

Les Dendrobium hybrides devront être arrosés en fonction de leur type. Le « type nobile » devra être maintenu au froid et au sec presque total jusqu’à l’épanouissement des fleurs, au printemps ; des arrosages précoces transformeront les boutons floraux en keiki, et un excès d’eau fera pourrir la plante. Même régime pour la plupart des espèces froides, comme le D. kingianum, le D. delicatum et leurs hybrides. Les hybrides du « type phalaenopsis », « bigibbum » et les espèces plus chaudes recevront un peu d’eau tous les mois, en climat tempéré à chaud. Les espèces à feuillage caduc seront de toute façon installées peu à peu au sec. Tous les Dendrobium auront de toute façon besoin de beaucoup de lumière vive pour fleurir. 

Les Paphiopedilum recevront une lumière moyenne et seront arrosés en continu, mais sans excès : le terreau doit rester humide, pas détrempé. Climat froid, tempéré ou chaud selon l’espèce.

Les Masdevallia seront maintenues au frais, voire au froid. Arrosages et fertilisations seront un peu réduits, mais continus.

Les Vanda sont généralement de climat tempéré - chaud ; toujours exposées à une forte lumière, elles seront humidifiées et arrosées fréquemment.

Bonne transition à tous !

 

François.